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La pianiste de Michael Haneke

Posté le 23 juin 2009

La Pianiste

La Pianiste

Découvrant avec surprise que Michael Haneke était lauréat de la dernière palme d'or alors que ma connaissance de sa filmographie se restreignait à un ancien visionnage de Funny Games, je me suis lancé dans une retrospective du réalisateur qui a commencé avec La Pianiste réalisé en 2001.

Ce film avait fait pas mal parler de lui lors de sa sortie mais j'avais naïvement attribué cela à la seule présence d'Isabelle Huppert comme actrice principale. C'est donc relativement sceptique que je commençais le visionnage de ce film. Dès le départ, le film nous plonge dans l'intimité complexe d'un couple mère-fille (interprété par Annie Girardot et Isabelle Huppert) dont la relation semble parfaitement malsaine et qui laisse présager le développement d'une personnalité très intéressante chez son principal protagoniste : Erika Kohut.

Le personnage d'Erika Kohut, une talentueuse professeur de piano parisienne aux moeurs de bonne famille, s'installe doucement à l'écran. Michael Haneke dépeint avec hauteur un personnage éminemment pervers et qui ne laisse de nous surprendre. La saine distance adoptée par Michael Haneke pour décrire ce personnage laisse à chaque spectateur la pleine liberté de penser ce que bon lui semble d'un être qui suscite à la fois le dégoût, la fascination et la compassion. Ce terrifiant personnage, issu du roman du prix Nobel de littérature Elfiede Jelinek, ne peut laisser indifférent et c'est tout à l'honneur d'Haneke d'avoir su si bien le dépeindre sans le caricaturer.

Du point de vue de la réalisation ce film s'inscrit clairement dans la veine naturaliste. Les images sont crues mais sans voyeurisme bien que pouvant choquer les plus sensibles. L'apparent détachement du réalisateur est bien maîtrisé et c'est tout en finesse qu'il dépeint ces images fortes.

On appréciera aussi la bonne maîtrise du temps. Pendant 2h10, le film se déroule avec une intensité dramatique crescendo qui jamais ne se presse, laissant toujours au spectateur le temps de la réflexion, sans jamais pour autant se perdre en longueur. Ceci est accentué par la façon dont Haneke, avec un talent incontestable et une véritable culture musicale, parsème son film de morceaux choisis de piano. Ces temps musicaux laissent à la fois au spectateur le temps de réfléchir à ce qui est en train de se dérouler sous ses yeux mais ils viennent aussi apporter de manière parfaitement naturelle une dimension musicale qui d'habitude arrive comme un artifice cinématographique. Une manière habile de préserver le naturalisme tout en ayant une vraie dimension dramatique.

Un film que je conseille donc vivement à tous les amateurs de drames psychologiques complexes et qui, comme moi, pensaient qu'il s'agissait d'une n-ième comédie dramatique familiale à casting. A l'inverse, que ceux qui veulent voir une telle comédie détournent leur chemin car c'est une oeuvre qui, sans fioritures, ni gratuité, ni morale, présente une perversion à l'écran comme elle est rarement montrée.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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