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V pour Vendetta

Posté le 6 octobre 2009

Couverture de lédition Delcourt

Couverture de l'édition Delcourt

A l'origine, V pour Vendetta est l'une des séries de bandes dessinées les plus connues d'Alan Moore (Watchmen, From Hell, La ligue des gentlemen exatraordinaires, etc..) . Alan Moore a surtout fait sa réputation sur sa capacité à faire sortir le comic de son style historique souvent puéril. Sorti à la fin des années 1980, V pour Vendetta est l'illustration type de ce renouveau du comic anglophone.

Dans V pour Vendetta, un cataclysme a ravagé l'Europe et Londres reste en quelque sorte seule miraculée. A la suite de ces événements, une dictature  s'est installée sur la ville avec sa propagande, sa police secrète, ses méthodes et un passé peu avouable. Un anarchiste, portant le masque de Fawkes, va alors ébranler tout le système de gouvernance, un système qu'il semble à la fois haïr et bien connaître.

Avant tout, il convient de bien fixer les choses. Alan Moore est connu pour élever le niveau habituel du comic mais il est tout de même connu pour faire du comic. Alors que tous ceux qui sont à la recherche de graphic novels, de drames psychologiques naturalistes ou de bandes dessinées artistiques passent de suite leur chemin. Une fois ceci admis, on peut alors s'intéresser à la véritable contribution de cet ouvrage à son genre.

La construction scénaristique est on ne peut plus typique du comic. Le protagoniste est un justicier ayant des capacités nettement surhumaines et un sens surdéveloppé de la mise en scène. L'ennemi est clairement identifié dès le début ainsi que la cause noble qui sera défendue dans l'ouvrage.

Comme toujours, pour que le lecteur puisse s'identifier facilement au super-héros, il est fait appel à un procédé éculé qui consiste à prendre M. Tout Le Monde, à lui faire subir une mutation quelconque (expérience, produit radioactif, morsure d'insecte, au choix...) qui fait de lui un être supérieur. C'est aussi le cas de V. A cela, Alan Moore ajoute tout de même une dimension supplémentaire puisqu'il utilise cette impersonnalité du héros comme un thème majeur de son oeuvre. En effet, tout au long de la BD, V porte un masque  afin de symboliser qu'il incarne plus une cause qu'une personne. A sa mort, le masque pourra être porté par d'autres, perpétuant ainsi la lutte indépendamment de la personne. C'est là l'une des idées dominantes de l'ouvrage. Agréable dans la BD, elle deviendrait presque agaçante en revanche dans l'adaptation cinématographique où elle nous est plus que lourdement assénée.

Le second thème abordé est celui du rapport à l'ordre et notamment à la volonté de vivre pleinement libre. L'une des volontés de l'auteur est ainsi d'opposer l'anarchie au chaos. La première est interptétée comme une absence de gouvernance alors que le second est une absence d'ordre. En fait, plus qu'un vrai thème, il s'agirait plutôt d'un slogan marketing: il sonne bien mais l'auteur lui-même ne semble pas vraiment avoir trouvé de signification. Mais après tout nous somme tout de même plus ici dans un monde hollywoodien qu'à l'agora...

Le déroulement est très bien maîtrisé et mérite à lui seul la lecture de l'ouvrage. Le scénario est complexe et très bien articulé. L'action est présente mais cède tout de même la part belle à l'intrigue et aux rapports complexes entre les personnages. Qui plus est, ces derniers ont pour l'essentiel beaucoup de consistance. La narration fait preuve d'un talent certain,  la tension est claire et les rebondissements, nombreux mais cohérents, servent bien le discours.

L'adaptation cinématographique a joué la carte de la fidélité plus que la création. Je serai tenté de dire que c'est tant mieux car les quelques interventions objectives du réalisateur (ou du producteur?) ont plus tendance à enlever de la finesse qu'autre chose. A noter tout de même que le film a su présenter avec une très grande clarté les complexes ficelles qui sont sous-jacentes au scénario de l'ouvrage original, ce sans trop dénaturer l'oeuvre. Des choix ont nécessairement du être faits sur ce qui est montré et sur ce qui ne l'est pas. C'est inévitable et toujours dommageable mais globalement, les temps forts sont restés. Au niveau cinématographique par contre, le film n'apporte strictement rien, ni au genre et encore moins au cinéma en général. Il s'agit essentiellement d'une façon rapide d'accéder au monde de Moore, sans avoir à lire la série de BDs.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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