Magm3 guide informel de nouvelles cultures depuis le siècle dernier

La faux de René-Victor Pilhes

Posté le 30 octobre 2009

lafauxpilhesIl existe en pays ariégeois un mont étrange, dont le nom serait le Loum, et qui aurait, outre sa forme phallique, des propriétés étonnantes sur la nature environnante, autant que sur les femmes qui en visiteraient les accotements lors de certaines périodes de l'année. Mais ce n'est pas là ce qui avait poussé le président de la Wotan-Pacific, Faucheur-Quitus, à s'y installer dans la dernière année de sa vie.

Non, celui-ci, se sachant condamné par le cancer, ayant déjà eu une vie bien remplie et ayant décidé de sauver le groupe d'un de ses amis d'une OPA internationale n'était pas venu pour s'attirer les faveurs charnelles de quelques donzelles du pays. Sentant la reine des faucheurs approcher, celle que nous serons tous amener à rencontrer, il voulait au contraire se ressourcer au pays de ses ancêtres, renouer avec ses racines, car sa famille était partie de la paysannerie, avant de prendre les rênes des pouvoirs politique et financier sous son égide.

Mais ayant à faire à une OPA difficile, c'est le tout Paris financier qui vient à son chevet d'homme malade et pourtant perspicace. Et quelle n'est pas la surprise de tous ces hommes bardés de sérieux diplômes et de responsabilités importantes, de voir celui qu'il craignent, autant qu'ils le vénèrent et le respectent, de voir cet homme qui contrôle l'un des empires financiers les plus importants du monde, de le voir s'adonner au fauchage, tel qu'il était pratiqué au XIXème siècle, habillé comme l'étaient ses ancêtres sous Napoléon III.

La faux est une sorte de roman d'apprentissage, mais du dernier apprentissage que tout homme est appelé à effectuer, bon gré mal gré. Il s'agit de l'apprentissage de l'acceptation de la mort, une mort aussi inéluctable que certaine. Et cet apprentissage se double ici de l'importance de la connaissance des racines de chacun, car c'est bien notre histoire et celles de nos familles qui nous définissent et nous influencent, au final nous dictent un part de notre caractère et de notre personnalité.

Plein de drôleries subtiles et écrit d'une belle plume au service d'une langue tout aussi esthétique, La faux devrait combler les amateurs de littérature française en mal des belles expressions, à travers un récit qui, s'il est simple et accessible, n'en amène pas moins son lecteur sur des pistes de réflexion intéressantes et sérieuses.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (5) Trackbacks (0)
  1. Ca a l’air pas mal du tout (en tout cas beaucoup mieux que ce que je suis en train de lire…). En te lisant, il me vient tout de même quelques petits doutes que tu sauras peut-être écarter. Est que ça ne donne pas trop dans le symbolisme et dans la sensiblerie?

  2. Non bien au contraire. L’auteur maîtrise parfaitement son style et son histoire. Comme je l’ai dit, il ne pose que des pistes qui, s’il les avaient suivies plus avant, auraient pu tomber dans un symbolisme niais comme dans une réflexion beaucoup trop poussée par rapport à son récit. Mais ce n’est pas le cas, heureusement; Il se contente de poser une base, assez ouverte mais avec des marqueurs clairs, libre à chacun de développer par dessus dans le sens qu’il désire;

    D’autant qu’au niveau de l’écriture, il privilégie une rythmique qui permet de bien rendre compte des situations et de la manière dont elles se déroulent, sans pour autant être pesant.

    Et pour sûr, c’est mieux que Gibson :-p

  3. Raaaah, j’avais bien fait exprès de taire le nom. Maintenant, on va me jeter l’opprobre pour lire du Gibson à mon âge…. Bon cela dit, je l’ai emprunté gratos à la bibliothèque et je le lis pas vite du tout, ça m’excuse, non?

    Bon, il a l’air bien ton livre en tout cas, je verrai si je trouve ça ici.

  4. On va encore me traiter de lecteur décadent, mais je ne vois rien de mal à lire Gibson, et ce quel que soit l’age ! Non c’est pas franchement terrible, oui c’est souvent d’un schématisme horrifiant etc. C’est un auteur influent et méconnu (du grand public s’entend: une grande partie de la population encensant Matrix en prêtant sa paternité aux frères Wachowski).

    Ne lire QUE du Gibson, serait effectivement un peu … hum… surprenant de ta part, mais un de temps en temps… ne serait-ce que pour se rappeler pourquoi on en lit plus… et se souvenir la larme à l’oeil de l’époque où l’on pouvait encore sortir ses wolfwers et dégommer des corpos à l’armalite… Vous l’aurez compris, j’attends, avec impatience, le Cyber qui naitra de l’inspiration de cette lecture 😀

  5. Ouaip ben l’inspiration de la lecture s’est arrêtée vers la page 100 quand je l’ai ramené à la bibliothèque. Il n’y a pas à dire, le monde de Gibson est bien plus adapté pour être joué que pour être lu…

    Après, je suis d’accord, on peu lire des trucs neuneus de temps en temps, ça ne fait pas forcément de mal. En même temps il y a tellement de bonnes choses que l’on n’aura jamais le temps de lire que c’est tout de même dommage. Alors quand on sait à l’avance que ça ne va pas être bon, c’est parfois inutile d’insister. Cet avis n’engageant bien sûr que moi, je laisse libre chacun de meubler son temps libre comme il l’entend 🙂


Leave a comment

Aucun trackbacks pour l'instant