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La Vida Loca de Christian Poveda

Posté le 6 novembre 2009

lavidalocaAu tout début du mois de Septembre, au Salvador, le corps de Christian Poveda était retrouvé au bord d'une route, assassiné. Pendant plusieurs mois, avant son assassinat, il avait tourné les images de La Vida Loca, documentaire sur les maras, ces gangs qui gangrènent le pays de par leur extrême violence. La police pense que l'assassinat a été commandité par un des chefs d'un de ces gangs.

En quoi un film pouvait-il justifier l'assassinat de son réalisateur. Car Christian Poveda maîtrisait parfaitement son sujet. Il connaissait les chefs des deux gangs (le 18 et le MS-13), leur avait demandé les autorisations de filmer et les avait reçues. Il était même pressenti pour servir de modérateur dans les négociations pour un éventuel cessez-le-feu entre les deux bandes rivales. Mais le film est plus dérangeant que tout ce qui aurait pu être fait.

Pas de commentaires, pas de clichés dans cette pellicule, juste des garçons et des filles, des hommes et des femmes dont la trajectoire est souvent écrite sur la peau sous la forme de tatouages impressionnants, autant de signes d'allégeance et d'appartenance à leur gang. Ce sont les membres du 18 qui sont montrés ici.

Il y a ceux qui font partie du gang, tout simplement, qui en sont fiers, pensent être de vrais caïds, et le sont probablement pour certains. Il y a ceux qui tentent également de s'en sortir, qui ont monté une boulangerie, mais sont harcelés quotidiennement par la police. Il y a ceux qui sont en prison, il y a ceux qui volent, il y a ceux qui meurent. Ceux-là sont nombreux; Pas de commentaires sur ce documentaire, Christian Poveda laisse les images parler, les histoires se dévoiler au fur et à mesure.

La plupart des membres du gang avaient soit leurs parents dans le gang, soit ont été abandonnés. Le gang est leur famille, les autres membres sont leurs frères et soeurs, le gang les soutient, et ils soutiennent le gang. Dans les moments de bonheur, comme dans les moments de peine. C'est à dire quand certains d'entre eux sont tués. Mais Poveda ne se contente pas d'humaniser ceux qui peuvent être autrement vus comme des barbares. Il ne se contente pas de leur rendre la dignité dûe à tout être humain, il montre aussi, de la même manière, sans jugement, sans morale, sans reproche, les conséquences de la violence entre les gangs, et le travail de la justice, bon comme mauvais. Il montre cette juge d'application des peines qui sermonne un membre du 18 et sa famille qui ne fait pas assez d'efforts pour montrer la volonté de réinsertion du jeune. Mais il montre aussi le chef de la police, qui préfère exhiber des suspects dans le meurtre d'un policier, et qui harcèle les travailleurs sociaux et ceux qu'ils aident, plutôt que de tenter de comprendre les vraies causes de cette violence.

Documentaire superbement mené, qu'il a payé de sa vie, La Vida Loca est un témoignage exceptionnel de ce qui se passe au Salvador, et dans une certaine mesure, dans tout le continent sud-américain. Car les deux gangs qui s'opposent sont en conflit depuis plus de 20 ans, un conflit qui trouve ses origines à Los Angeles. Ce n'est que parce que les Etats-Unis ont décidé de renvoyer tous ceux qu'ils pouvaient dans leur pays que le conflit s'est répandu, semant la terreur et la mort. Un document superbe et poignant, à voir absolument.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (2) Trackbacks (0)
  1. J’avais vu une série de photos sur les tatouages de ces gangs sur le site du Monde il y a quelques temps. C’est très impressionnant de savoir que c’est une réalité qui existe dans des sociétés pas si éloignées des nôtres et souvent plus ou moins par notre faute.

    J’essaierai de me procurer le documentaire, c’est en long métrage?

  2. Oui, c’est en long métrage, environ 1h30.


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