Magm3 guide informel de nouvelles cultures depuis le siècle dernier

Antichrist

Posté le 7 novembre 2009

Antichrist

Antichrist

Il est des films qui laissent des marques indélébiles une fois que l'on les a vus. Antichrist est l'un d'entre eux. Lars Von Trier nous avait déjà habitué à des films chocs (Epidemic, Les idiots, Dancer in the Dark) mais avec Antichrist, il passe un nouveau cap dans l'expérience cinématographique. Clairement, Antichrist est un film dur et sans concessions. C'est probablement l'un des films les plus durs qu'il m'ait d'ailleurs été donné de voir, à rapprocher des expériences que l'on peut ressentir en voyant Salo, Irréversible ou Trouble Every Day.

Regarder Antichrist est une expérience passablement désagréable. C'est sûrement ce qui aura valu à ce film d'être bafoué par une majeure partie de la critique et du public. Cependant, je pense qu'Antichrist ne doit pas apparaître comme un exercice de style comme Irréversible. Antichrist semble avant tout être né d'un besoin de Lars Von Trier d'exorciser certaines images, certains maux. On peut taxer cette démarche d'exhbitionisme. Je la qualifierai d'intègre et profondément artistique en ce sens qu'Antichrist nous plonge réellement dans le monde des rêves et des fantasmes de l'auteur. Ce film nous fait découvrir l'Autre ou en tout cas un autre, pas forcément tel que nous avons envie de le connaître mais tel qu'il est réellement.

Antichrist nous propose de nous immiscer dans la douleur d'un couple passionné plongé dans l'horreur suite à la mort accidentelle de leur seul enfant. Alors que la mère (Charlotte Gainsbourg) de l'enfant disparu semble désespérément frappée par le chagrin, le père (Willem Dafoe) va tenter de sonder ses peurs pour la ramener à la vie.

On découvre alors une mère étrange, dont l'équilibre semble en fait beaucoup plus fragile qu'il n'y paraissait avant la disparition de son fils. Une mère qui a fait sa thèse sur la notion de gynocide, à savoir de la façon dont les sociétés patriarcales éliminent purement et simplement les femmes. Est-ce à force de ses lectures qu'elle s'est laissé convaincre que la femme était le coeur du mal en ce monde? Est-ce parce qu'elle-même n'était pas sûre de ses propres pensées qu'elle s'est intéressée à ce sujet? Toujours est-il que l'on découvre bien vite que la plus grande peur de cette femme est causée par elle-même.

Le film est en ce sens porteur d'une mysoginie profondément ancrée dans la culture judéo-chrétienne. Il nous présente la femme comme un être soumis à ses pulsions et comme la destructrice du jardin d'Eden. Certains y lisent la mysoginie de Lars Von Trier, j'y lis plutôt la folie d'un personnage de fiction passionné par ce thème, me gardant bien d'affirmer s'il s'agit d'une mysoginie de l'auteur. Et quand bien même, est-ce réellement le débat? Doit-on adhérer à toutes les idées présentées par un artiste? Si oui, qui lirait encore du Céline?

Je pense que l'"erreur" de ce film, relativement à l'accueil du public, est de n'avoir fait aucune concession sur la forme. Il est cru, incroyablement cru, parfois peut-être trop relativement à ce que nous, spectateurs, aurions aimé. Mais encore une fois j'ai l'impression que l'auteur s'est contenté de répondre à une nécessité profonde d'exorcisme de certaines images sans réellement se soucier du public. Et je crois aussi que c'est l'horreur du film qui en fait sa force, une horreur soudaine, incontrôlée, destructrice. Une horreur qui surgit sans crier gare par instants au milieu du film. En un mot, une horreur véritable, bien loin des horreurs calculées dans le reste du monde cinématographique.

Le film est servi par une réalisation très pesante. L'ambiance sonore est lourde, toujours peuplée par des sons graves ou désagréables. Seules les scènes d'ouverture et de fermeture détonnent. Extrêmement esthétisantes, elles m'ont laissé quelque peu perplexes. Elles en font peut-être un peu trop comparé au reste du film. Le seul sens que je leur ai trouvé est de servir de portes d'entrée et de sortie dans ce terrible monde de sombres rêves.

Ainsi, je pense qu'Antichrist est un film unique qui ne peut laisser indifférent. Il faut s'y préparer sans quoi l'expérience sera vaine et simplement désagréable. Dans tous les cas, on ne pourra pas trouver la séance plaisante mais il s'agit d'une expérience, intéressante et peut-être même bouleversante.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. A la lecture des différentes interviews que Von Trier avait donné suite à la sortie du film, je confirme qu’il semble être absolument sans concession aucune. Lui-même avouait être incapable de savoir avec précision quel était le message du film, mais qu’il avait véritablement besoin de le faire, et que l’écriture s’était faite dans la douleur. En bref, quelque chose devait sortir.


Leave a comment

Aucun trackbacks pour l'instant