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Braquo

Posté le 8 novembre 2009

braquoEn terme de séries télévisuelles, l'attrait de la production française est quasi inexistant, sa qualité étant bien souvent en deçà des attentes d'un public qui se tourne quasi systématiquement vers la production d'outre-Atlantique dont la qualité est idolâtrée (souvent à tort).

En matière de séries policières en particulier, les premiers noms de créations françaises venant en tête sont souvent Navarro ou Julie Lescaut, qui, s'ils n'ont rien à envier sur le plan de la simplicité et du manichéisme de leur scénario aux Experts ou encore 24h Chrono, manquent cruellement de rythme, d'audace et d'attrait visuel. C'est en réponse à ce vide qu'Olivier Marchal, le créateur et co-réalisateur de la série a créé Braquo (abréviation argotique de "braquage"): "L'idée est de tenir tête aux séries américaines avec quelque chose qui a de la gueule, mais en France" aurait-il déclaré.

L'histoire débute par le dérapage de Max Rossi, un responsable de la SDPJ des Hauts de Seine qui commet une bavure au cours de l'interrogatoire d'un homme suspecté du viol, puis de l'assassinat d'une jeune femme, enceinte (le ton est donné). L'enquête de l'IGS, bien décidée à le faire tomber, le mènera au suicide. L'équipe qu'il dirigeait, menée par Eddy Caplan (Jean-Hugues Anglade) décide alors de tenter de blanchir sa mémoire en menant sa propre contre-enquête. Débute alors la lente descente aux enfers de ces quatre policiers qui franchiront successivement la ligne jaune, puis rouge puis le bord du précipice... guidés par leur adhésion au principe selon lequel "la fin justifie les moyens".

Pari tenu par Olivier Marchal qui nous offre ici une série d'une noirceur parfois aux limites du soutenable. Le cadre est fixé dès les premières minutes: le commissariat est une usine désaffectée aux murs décrépis, interrogatoires musclés pimentés de torture... personnages alcooliques, cocaïnomanes, violents... Les méthodes identiques de part et d'autres de l'uniforme, et partagées par l'IGS,  brouillent les frontières: Braquo ne met pas en scène des gentils contre des méchants. La thèse d'Olivier Marchal (lui-même ex-policier) semble être que les policiers sont des hommes, et il choisit, en guise de preuve, de faire sortir des personnages les aspects les plus bas et les plus sombres de l'humanité.

Le scénario tient la route, et suit implacablement la loi de Murphy: chaque action entreprise par les personnages pour se sortir de leurs problèmes, les y enfonce toujours un peu plus. On est tenu en haleine tout le long de la série qui ne connaît aucun temps mort: les deux premiers épisodes, qui la font démarrer sur les chapeaux de roue, font arquer un sourcil: la série parviendra-t-elle à tenir le rythme ? La réponse est oui, les rebondissements sont nombreux et ne tombent (presque jamais) du ciel. Bien que correctement ficelée, on pourra cependant regretter parfois un manque de concision de la ligne scénaristique principale, et quelques errements sur des pistes annexes qui s'avèrent superflues et surchargent inutilement les 8 épisodes de la saison.

La série est tournée en 35 mm, la réalisation caméra à l'épaule façon reportage permet une immersion du spectateur dans l'action, mais sombre parfois dans des excès: si les 4 premiers épisodes (réalisés par Olivier Marchal) restent dans la limite du justifiable, les 4 suivants en revanche (réalisés par Frédéric Schoendoerffer) multiplient les plans serrés et des effets de zoom qui rappellent parfois les errements de l'enfant qui découvre les boutons zoom du caméscope familial pour la première fois. Malgré ces quelques erreurs, la qualité de la réalisation et de l'image reste excellente pour ce type de réalisation. Outre une erreur grossière, Denis Sylvain dans le rôle du commissaire ne semble pas capable de prononcer une réplique avec justesse, le casting est brillant. Jean-Hugues Anglade est particulièrement convaincant, de même que ses acolytes joués par Nicolas Duchauvelle, Joseph Malerba et Karole Rocher.

Au final Braquo est une série à la noirceur extrême, au scénario implacable servis par un casting juste et mené d'une main de maître par Olivier Marchal. Son format court en 8 épisodes d'une heure permet une certaine concision que l'on aimerait ne pas voir déborder en une seconde saison. Par chance, le huitième épisode apporte une fin, qui, si elle ne met pas un point final à l'histoire, permet cependant de clore un chapitre, et ne tient pas en haleine les spectateurs avec un rebondissement de dernière minute ridicule.

Posté par matteo

Contributeur de magm3 depuis le début (ou presque), en particulier sur les aspects techniques. Je suis particulièrement intéressé par la littérature fantastique (classique et contemporaine), le cinéma d'art et d'essai, la musique électronique (balayant large du breakbeat aux productions expérimentales type Raster Noton). Actuellement ingénieur en informatique.
Commentaires (4) Trackbacks (0)
  1. Olivier Marchal est connu pour la noirceur de ses histoires. Ses films non plus ne sont pas des parangons de tendresse : Gangster, 36, quai des Orfèvres et MR 73 en faisait déjà l’équivalent filmique français d’un James Ellroy au meilleur de sa forme.

    Je n’ai pas encore vu cette série, mais je vais m’y pencher.

  2. Personnellement je trouve que le seul talent d’Olivier Marchal en tant que réalisateur est de savoir dépeindre des hommes sombres, au fond du gouffre. Par contre, son cinéma ne m’a pas permis de voir en lui beaucoup de profondeur de réflexion. Comme sa citation le montre, ce n’est de toute façon pas son but de donner dans l’intellectualisme; du coup, ça peut remplir son rôle, à voir.

    Quand à Shoendoerffer, il s’agit pour moi d’un réalisateur qui maîtrise à la perfection la vulgarité et la gratuité. Je ne suis pas étonné que ça ne colle pas.

  3. Une noirceur à la The Shield, des bons acteurs, des couleurs et une lumière intéressante : c’est une bonne série. je suis d’accord avec l’erreur de casting du commissaire, mais c’est peut-être son personnage qui n’est que moyennement crédible : le coup du commando est quand même un chouilla abusé 🙂

    Après le renouveau des séries américaines (depuis twin peaks), enfin le renouveau des séries françaises : c’est marrant mais quand la photo est bien traitée et que l’on paye des vrais acteurs ça change tout 😀

  4. En effet, on me parle souvent de The Shield lorsque je parle de Braquo. Je n’ai pas (encore) visionné cette première série.

    Sinon effectivement j’aurais peut être dû aborder le traitement des couleurs et des lumières qui contribue grandement à l’aspect glauque général et contribue à l’immersion dans cet univers sombre.

    Malgré mes quelques remarques négatives, je tenais à préciser que mon avis était tout de même très positif 🙂


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