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Final Incal

Posté le 10 novembre 2009

Final Incal - Tome 1

Final Incal - Tome 1

L'Incal, écrite par Moebius (dessin) et Jodorowsky (scénario) au cours des années 80, reste probablement l'une des meilleures séries BD de science-fiction à l'heure actuelle. Six tomes d'un savant mélange mêlant la créativité minutieuse de Moebius au mysticisme déjanté de Jodorowsky. Quelques années plus tard, cette série a été complétée par une autre série de six tomes appelée Avant l'Incal scénarisée par Moebius et dessinée par Janjetov. Il faudra attendre 2000 pour voir enfin Moebius revenir aux côtés de Jodorowsky pour entamer la troisième partie de triptyque : Après L'Incal.

Entre temps, le monde a changé.  Jodorowsky a exploité le filon sans vergogne. Les séries dans le monde de l'Incal se sont multipliées sans fin : Caste des méta-barons, Megalex, Technopères... Le succès aidant, l'éditeur (Les Humanoïdes Associés) s'en sont aussi donné à coeur joie avec de nombreuses rééditions, des recolorisations et autres déclinaisons douteuses. De ce fait, la collaboration de Moebius et Jodorowsky ne put pas durer et la série Après l'Incal, initialement prévue pour 6 tomes, s'arrête dès le premier tome avec le retrait de Moebius du projet. C'est en 2008 que Jodorowsky reprend le projet aux côtés de Ladrönn et sort Final Incal.

Contrairement aux six tomes initialement prévus dans la série Après l'Incal, Final Incal ne doit en comporter que deux. Un projet bien moins ambitieux donc et qui laissera forcément moins de temps aux développements parallèles qui firent la richesse de l'Incal. Le problème est que la trame du scénario n'a pas changé entre Après l'Incal et Final Incal. Il semblerait que Jodorowsky, vexé, ait préféré recommencer son histoire avec quelqu'un d'autre, au dam du lecteur qui :

  1. se retrouve à acheter une BD qu'il a en fait plus ou moins déjà acheté,
  2. se retrouve à lire en deux tomes ce qui devait se passer en six.

Le premier point est discutable car il y a tout de même un léger remaniement du scénario mais c'est un peu comme si vous achetiez un DVD en édition standard puis en director's cut, vous avez un peu l'impression d'être la vache à lait de l'éditeur. Quant au second, on touche au coeur du problème. La série se trouve ultre-condensée, remplie d'une action totalement incessante et de rebondissements impossibles à suivre.

Le mysticisme était certes déjà au centre de L'Incal, il était la pierre d'achoppement de toute l'histoire mais il s'insinuait en douceur, au long du longue quête qui en faisait tout l'intérêt. Ici, il devient totalement délirant, compulsif et déséquilibre simplement la narration. Il est impossible à mon avis de suivre quoi que ce soit à l'ouvrage si l'on n'a pas une bonne connaissance à la fois de Jodorowsky, du monde de l'Incal et du précédent tome d'Avant l'Incal. Une narration fouillis, des phrases grandiloquentes, aucun personnage, peu de créativité, Final Incal marque effectivement la fin d'une époque, celle où Jodorowsky était encore capable de se contrôler pour créer un univers fantastique. Ici, tout n'est que délire sectaire sans fin. Il reste un second

Il convient de saluer le dessin de Ladrönn. J'ai pour ma part eu entre les mains l'édition collector non-colorisée qui était très bien ouvragée. Le trait n'est pas sans rappeler celui de Moebius, c'est un bon choix pour préserver la continuité. Dommage que le scénario n'ait pas suivi.

Il reste un second tome à paraître. Les plus optimistes y croiront encore. Pour moi, après avoir terni le monde de l'Incal avec une surexploitation,dans d'autres séries, Jodorowsky a montré avec ce premier tome de Final Incal qu'il voulait aussi abattre le coeur de son univers : le triptyque de l'Incal.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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