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Lucille, de Ludovic Debeurme

Posté le 16 novembre 2009

Lucille

Auteur montant de la scène indépendante Ludovic Debeurme a frappé fort avec Lucille édité en 2006 chez Futuropolis. Un ouvrage impressionnant qui, du haut de ses 544 pages, reçut en 2006 le prix René Goscinny et fut primé à Angoulême en 2007, faisant de Ludovic Debeurme un nom incontournable de la bande dessinée française indépendante.

Lucille nous plonge dans la vie de deux adolescents aux destins complexes pris entre tragédies sociales et familiales. Lucille d'une part, Arthur d'autre part.  Lucille est une anorexique complexée par une mère trop présente. Arthur est un enfant à problèmes dont l'histoire familiale n'est faite que de violences, d'alcoolisme et de suicides.

Dans cet ouvrage sans concession, Ludovic Debeurme nous présente la difficulté que peuvent avoir certains adolescents aux contextes socio-culturels complexes à s'intégrer dans une société qui semble ne rien avoir à leur offrir. Ces deux personnages profondément antagonistes vont ainsi se retrouver autour du sentiment commun de l'incompréhension, voire même du dégoût, de la société qui les entoure. C'est de ce désespoir qui va naître un amour improbable entre une jeune fille frêle, psychologiquement fragile et un garçon dur, violent mais lui aussi en pleine détresse.

Lucille s'inscrit dans la grande veine du naturalisme social. Sans s'engager jamais sur le terrain du débat politique ostensible, l'ouvrage nous présente une situation dramatique terrible, nous laissant seuls juges de cette situation. Au cinéma, l'équivalent se trouverait dans Rosetta ou L'enfant des frères Dardenne ou encore La vie de Jésus de Bruno Dumont. En bande dessinée, cela pourrait faire penser à du Moynot mais en plus épuré, plus désespéré et moins mis en scène.

A priori, on pourrait avoir peur de 544 pages sur ce thème, trop lourd, trop pesant? Non, car Debeurme trouve une juste tonalité. Les pages, de petit format, sont très aérées, les cases ne sont pas délimitées, les décors sont souvent absents et les dessins réduits à leur plus simple expression à l'aide d'une ligne claire sur fond blanc. Les dialogues sont  simples et sans détours, les récitatifs sont absents. De ce fait, les pages se tournent rapidement, mimant cette vie qui avance vite, trop vite, vers un destin tragique inexorable.

Souvent, on repensera à l'excellent Blankets de Craig Thomson avec une sensibilité à fleur de peau, si bien dépeinte, presque tangible. Mais la mélancolie et la nostalgie de Blankets laissent ici place à la tragédie véritable. Ainsi, les quelques rares moments de légèreté de Lucille s'effondrent à la fin de l'ouvrage, ne laissant qu'un sombre parfum.

Lucille est un ouvrage cru sans gratuitité. Il ne viendra certes pas égayer les soirées d'automne mais il a le mérite d'apporter un éclairage intelligent sur des situations de détresse délicates trop souvent caricaturées. Un ouvrage qui a rencontré un succès critique bien mérité et qui devrait avoir sa place dans toute bonne bédéthèque.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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