Magm3 guide informel de nouvelles cultures depuis le siècle dernier

Tanâtos, de Convard et Delitte

Posté le 20 novembre 2009

Tanâtos

Tanâtos

Tanâtos. Un titre un peu racolleur qui aurait plutôt tendance à faire reculer qui a déjà passé la puberté. Mais bon, en tant que grand amateur de Didier Convard dans ma jeunesse, je me suis dit qu'il ne pourrait pas être parfaitement inintéressant de se tourner vers ce diptyque édité entre 2007 et 2008 par les éditions grenobloises Jacques Glénat. Qui plus est, le background est d'emblée attrayant. Tanâtos nous amène à Paris, à la veille de la première guerre mondiale. Aux côtés de Jean Jaurès, nous assistons à l'approche d'une guerre qui semble de plus en plus inévitable. Certains oeuvrent à la paix alors que d'autres, des marchands d'armes notamment, semblent avoir tout intérêt à ce que cette guerre se déclenche. Se nouent alors des intrigues politiques autour de l'hypothétique conflit. Mais ne vous y trompez pas, c'est bien d'uchronie qu'il s'agit et non pas d'une fresque historique.

En fait, dans Tanâtos, Didier Convard nous présente la première guerre mondiale comme l'oeuvre d'un seul homme, le mal incarné, un sombre et richissime sociopathe se faisant surnommer Tanâtos. Profitant de la cupidité des puissants, il imagine un plan machiavélique dont la première guerre mondiale est un simple maillon. Nous découvrons ainsi que Tanâtos est, entre autres, le commanditaire de l'assassinat de Jaurès et de celui de François-Ferdinand à Sarajevo.

C'est une vision très réductrice certes mais la réécriture est assez bien vue, les faits historiques s'intègrent bien dans la logique des auteurs et on pourrait s'y laisser prendre. Cependant, une chose ne fonctionne pas du tout, et non des moindres. Le personnage central, à savoir le maléfique Tanâtos est l'incarnation parfaite du concept de supervillain dans les Marvel Comics américains. Un concept dont nous avons généralement été lassés du concept le tour le jour de nos 15 ans. En fait, le Tanâtos que nous avons ici est une sorte de Gargamel du XXème siècle ayant eu accès aux technologies de Batman, c'est dire la finesse du personnage.

A part le fait qu'il est une entité fondamentalement mauvaise, on se sait rien de ce personnage. Pas de motivations, pas de personnalité, le mal incarné en somme. Au XVIIIème siècle, le diable pouvait peut-être encore suffire à effrayer les foules mais il faut bien avouer qu'au jour d'aujourd'hui on s'attend à un peu plus de finesse. Surtout dans un ouvrage qui se targue d'être au centre d'intrigues politiques, c'est un peu léger de nous servir une baron richissime, capable d'inventer seul toutes les machines de guerre du futur, de déclencher la première guerre mondiale, et tout cela simplement pour s'enrichir personnellement. Ajoutez à cela quelques anachronismes parfaits, uniquement pensés pour accroître l'effet dramatique. Ainsi, ça ne colle pas une seconde et, pour de l'uchronie, c'est impardonnable.

Comme si cela ne suffisait pas, Didier Convard a affublé Tanâtos de deux stupides sbires insupportables qui passent leur temps à encenser leur maître et à louer sa méchanceté. Nous sont donc servis des dialogues du type:

- Je jouerai alors l'avant-dernier coup fatal de mon plan.

- Vous m'mettez plus au parfum. Je peux pas avoir une petite idée des cartes que vous avez dans votre manche et que vous allez abattre?

- Non, tu ne peux pas! Tu n'as pas suffisamment d'imagination pour en saisir l'énormité. Tu dois seulement savoir que tu as la chance de partager l'existence de celui qui va écrire l'histoire...et devenir l'homme le plus riche du monde!

Vous l'aurez compris, alors que l'ouvrage était porteur d'une certaine richesse politico-historique, on se voit servi un vulgaire villain de comic américain affublé de dialogues tout droit sortis des pires blockbusters. C'est dommage.

C'est doublement dommage car réellement la trame avait un potentiel. Les fictions à cette période historique sont rares. Les auteurs ont clairement fait un effort pour que les dialogues, les situations, les décors, les costumes cadrent avec l'ambiance de l'époque, pourquoi ne pas avoir maintenu le cap? L'ouvrage est documenté et permettait clairement une uchronie intéressante. Qui plus est, les deux autres principaux protagonistes, opposés à Tanâtos sont assez sympathiques. Si Convard n'avait pas cédé à un excès parfaitement incompréhensible, Tanâtos aurait été à ranger aux côtés du Réseau Bombyce, d'Adèle Blanc-Sec ou de toute autre bonne série de début de siècle, mais là...

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
Commentaires (0) Trackbacks (0)

Aucun commentaire pour l'instant


Leave a comment

Aucun trackbacks pour l'instant