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Mother Sarah

Posté le 26 novembre 2009

Mother Sarah

Mother Sarah

Edité au Japon dès le début des années 90, Mother Sarah a été publié en France sous la forme d'une série de 11 tomes par les éditions Delcourt entre 1996 et 2006.  Scénarisée par Katsuhiro Otomo et dessinée par Takumi Nagayasu, Mother Sarah est une fresque post-apocalyptique, regorgeant d'action, transgressant souvent l'étroite frontière de la série B mais cependant, pas totalement dénuée d'intérêt.

Comme à son habitude, Katsuhiro Otomo n'a pas beaucoup épargné la planète Terre. Quand je parle de fresque post-apocalyptique, je devrais plutôt parler de fresque post-post-apocalyptique. La Terre a en effet été ravagée par une guerre nucléaire contraignant les survivants à s'exiler dans des stations orbitales. De là, certains survivants sont parvenus à lancer une bombe de forte puissance sur Terre pour dévier son axe de rotation et recouvrir les parties irradiées sous la glace, rendant un retour sur Terre possible. Mais la guerre civile fait rage dans les colonies spatiales et, au moment de quitter les colonies, Sarah, prise dans une fusillade, va être séparée de sa famille. Jurant de retrouver sa fille et ses deux fils, elle va alors se mettre à écumer cette Terre dévastée à leur recherche.

Les choses sont claires. La série se pose dans la lignée des Mad Max, Hardware et autres créations post-apocalyptiques faisant la part belle à l'action. C'est toujours avec un certain talent qu'Otomo remplit cette tâche. Comme il l'avait déjà fait dans Akira, il n'hésite pas à s'étendre en longueur (la série doit faire pas loin de 1500 pages) pour laisser de pleines pages occupées seulement par des scènes d'action, sans dialogues, souvent d'ailleurs d'une violence inouïe.

Par violence, entendez bien une violence à l'américaine : des coups de feu, des bagarres, des poursuites, etc... il n'y a ici que peu de place pour la psychologie. Certes, la trame est officiellement axée sur une mère qui veut retrouver ses enfants, mais quand on lit l'interview de Nagayasu qui nous explique qu'il pensait à Terminator en écrivant la série, on comprend qu'il ne faut pas non plus aller chercher trop loin... On a aussi quelques grands thèmes qui sont effleurés : l'écologie, la vie en communauté, l'avarice... mais encore une fois, ce ne sont que des contre-mesures, pour distraire le lecteur, lui faire croire que le manga est autre chose que de la pure action.

Une fois admis ce fait, Mother Sarah est une série plutôt réussie. Le monde développé par Katsuhiro Otomo regorge certes de clichés du genre post-apocalyptique, que ce soient les gangs errants dans le désert ou les occupations de divers édifices désaffectés, mais Nagayasu les met en images avec beaucoup de réussite. Les premiers tomes forment ainsi une réelle fresque de lieux incongrus dans des paysages désolés. De plus, on appréciera réellement le  fait que les auteurs prennent réellement le temps d'exploiter leurs idées comme bon leur semble.

Passé le tome 5, la série semble plus se focaliser sur un scénario à long terme que sur la simple succession d'anecdotes. En général, j'aurais tendance à dire que c'est un plus pour une série. Ici, je tendrais néanmoins à préférer les premiers tomes. D'abord du fait que la créativité de la BD se trouve essentiellement dans sa capacité à nous faire explorer un monde étonnant et créatif. Ensuite, et principalement, parce que le fameux scénario à long terme ne présente aucun intérêt.

Ainsi, si vous aimez les ambiances de fin du monde, Mother Sarah est un bon divertissement.  Le millier et demi de pages représenté par la série se lit en un rien de temps. Encore une fois, il est vraiment agréable d'avoir à faire à une BD qui s'est affranchie des formats d'édition, prenant son temps pour développer son ambiance. Cependant, à moins d'être fortuné ou que votre bibliothèque de quartier ne possède la série, vous ne pourrez que ressentir une certaine frustration en déboursant autant d'argent pour 11 tomes qui, d'une part se lisent aussi vite et, d'autre part, seront loin d'être les pièces maîtresses de votre bibliothèque.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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  1. La problématique du coût a bel et bien signé mon divorce avec la bande dessinée. Nous en parlions l’autre jour, il faudrait peut être que je m’intéresse à la nouvelle vague de bandes dessinées indépendantes, mais clairement, pour moi les BDs de ce type, c’est fini. Et quelque part, j’en suis triste…

  2. Je suis d’accord qu’il y a un abus sur les prix, notamment chez certains éditeurs. Cela dit, ça concerne un certain type de BD principalement: les séries. C’est un genre, de toute façon pas très intéressant, que j’avais délaissé totalement, parfois avec une certaine nostalgie. Ma carte de bibliothèque m’a permis de retrouver, avec plus ou moins de bonheur.

    Depuis quelques années, je privilégie les BD sur un ou deux tomes, souvent beaucoup plus étoffés. Des maisons d’éditions comme Futuropolis, l’Association, la collection Aire Libre de Dupuis (et bien d’autres…) proposent des BD très denses, avec un vrai travail de rédaction, autour de 20€.

    En fait, si on excepte les séries, le prix des BD ne me semble pas si scandaleux. Pour une vingtaine d’euros, une bonne BD occupe quelques heures. C’est certes moins qu’un livre mais c’est bien moins scandaleux que les prix pratiqués (en France) pour les DVD. D’autant plus que pour beaucoup d’entre elles, les BD constituent aussi un bel objet, concret.

    Je trouve aussi qu’il faut prendre en compte le fait qu’une BD a bon potentiel de relecture. Plus qu’un livre ou qu’un film. Honnêtement, avant de me séparer physiquement de ma collection, c’est très souvent que je relisais avec plaisir des BDs que j’avais achetées dans les années précédentes. Il y a certes un bon nombre d’erreurs qui prennent la poussière (comme pour tout) mais en général, je lis facilement trois à quatre fois une bonne BD.

    Après, pour retrouver le plaisir des séries, tu as des éditeurs qui ont opté pour des collections moins chères. Toutes les séries (aucune?) ne nécessitent pas forcément un format 24×32 sur papier épais. Je pense notamment à la série Donjon qui sort vers 9€50 le tome, ou la collection « Poisson Pilote » chez Dupuis. Il y a aussi plein de maisons indépendantes qui font des BDs dans des formats incongrus, parfois pas chers du tout (et parfois chers mais présentant de véritables oeuvres d’art).

    Je pense donc qu’en farfouillant un peu dans une bonne librairie, du côté de l’occasion aussi, il y a vraiment moyen de se faire une collection de BD sans y laisser une fortune. Bien sûr, les grands réseaux de distribution se sont alignés sur ces séries ultra-rentables, où les tomes aguicheurs de 50 pages coûtent 15-16€, augmentant d’années en années pour des séries ne se terminant jamais. Mais c’est là une BD de consommation de masse. Ce n’est pas vraiment là que se passe la BD actuelle.

    En un mot, la solution à ton problème est simple quand elle est possible : s’abonner à une bibliothèque de quartier. Et je pense que celle de ton quartier risque d’être plutôt bien fournie 🙂


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