Lucille, de Ludovic Debeurme

Auteur montant de la scène indépendante Ludovic Debeurme a frappé fort avec Lucille édité en 2006 chez Futuropolis. Un ouvrage impressionnant qui, du haut de ses 544 pages, reçut en 2006 le prix René Goscinny et fut primé à Angoulême en 2007, faisant de Ludovic Debeurme un nom incontournable de la bande dessinée française indépendante.
Lucille nous plonge dans la vie de deux adolescents aux destins complexes pris entre tragédies sociales et familiales. Lucille d'une part, Arthur d'autre part. Lucille est une anorexique complexée par une mère trop présente. Arthur est un enfant à problèmes dont l'histoire familiale n'est faite que de violences, d'alcoolisme et de suicides.
Le journal d’un avocat, de maître Eolas
Parce que certains députés français n'hésitent plus, dans l'hémicycle même de l'Assemblée Nationale, à prétendre que lorsque un artiste français se retrouve sous le feux des projecteurs internationaux, il ne devrait pas pouvoir critiquer le président, ni même le gouvernement;
Parce que certains ministres n'hésitent pas à dire que ceux que l'on renvoie à Kaboul ne courent aucun risque;
Quartier Lointain de Jirô Taniguchi

- Quartier Lointain
Imaginez. Un matin, tenant une gueule de bois d'enfer, vous vous trompez de train et reprenez machinalement la direction du village où vous avez passé votre enfance. Arrivé sur place, vous vous rendez sur la tombe de votre mère et, terrassé par la fatigue, vous vous assoupissez. A votre réveil, vous vous rendez alors compte que vous avez remonté le temps, retrouvé vos 14 ans et la vie qui va avec. Seulement, avec la connaissance de l'avenir qui est la vôtre, vous portez un regard bien différent sur la situation. Imaginez de plus que vous êtes un père de famille quadragénaire, en plein questionnement sur sa cellule familiale et ajoutez à cela, que votre réincarnation a lieu à quelques semaines à peine du moment où votre propre père vous délaissa avec le reste de votre famille. Vous aurez alors une bonne idée du scénario dans lequel Jirô Taniguchi a décidé de vous plonger avec Quartier Lointain.
Devant une trame aussi classique, on pourrait d'abord être sceptique. Certes, des auteurs comme Haruki Murakami ont su montrer que le fantastique pouvait parfois servir à merveille un questionnement essentiellement humain mais très souvent ce genre d'exercice n'amène qu'à une situation trop caricaturale pour être vraiment percutante. Néanmoins, quand on sait que l'ouvrage est d'un auteur aussi profondément ancré dans le naturalisme que Jirô Taniguchi et que ce dernier a reçu le prix du scénario d'Angoulême en 2003 précisément pour Quartier Lointain, on porte un regard nettement plus bienveillant aux 400 pages que constituent cette oeuvre
H.P.L. (1890 – 1991) de Roland C. Wagner

H.P. Lovecraft est sans doute l'un des auteurs de fantastique les plus influents du XXe siècle. Malheureusement, sa contribution au genre a été d'une très courte durée (ayant succombé à un cancer des intestins à l'âge de 47 ans), et ne nous est parvenue que grâce à l'acharnement d'une poignée d'admirateurs.
Et si Lovecraft n'était pas mort en 1937 ? Et s'il avait connu le succès qu'il méritait de son vivant ? C'est à ce fantasme de fan que Roland C. Wagner répond avec cette courte nouvelle dans laquelle il relate la vie de l'écrivain sous forme d'une notice nécrologique de 24 pages. Publiée pour la première fois en 1995, rééditée ici en édition bilingue (le texte est présenté en français, suivi par une traduction en anglais par Jean-Daniel Brèque), cette nouvelle a reçu le Prix Rosny en 1997.
L’imaginarium du Docteur Parnassus, un film de Terry Gilliam
C'est une vieille roulotte brinquebalante, faite de brics et de brocs et qui grince et craque de partout, tirée par deux chevaux. Elle n'est pas petite, mais assez grosse, car elle loge comédiens et théâtre, qui s'installent sur des places miteuses et dans des fêtes foraines un peu glauques, dans l'espoir d'attirer le chaland. Mais l'histoire est celle, éternelle, de la lutte du bien contre le mal, et puis un peu celle du fou qui parie contre le diable.
Il y a beaucoup dans ce film. Il y a le fou qui parie contre le diable, on l'a dit, cette vieille légende servira de base et le diable, ce sera un incroyable Tom Waits. On reconnaîtra du Boulgakov dans la manière de considérer le diable comme un agréable dandy d'âge moyen, fumant au porte-cigarette, il y a du Lewis Carroll dans la façon de passer de l'autre côté du miroir, et surtout, il y a beaucoup de Terry Gilliam.
Final Incal

Final Incal - Tome 1
L'Incal, écrite par Moebius (dessin) et Jodorowsky (scénario) au cours des années 80, reste probablement l'une des meilleures séries BD de science-fiction à l'heure actuelle. Six tomes d'un savant mélange mêlant la créativité minutieuse de Moebius au mysticisme déjanté de Jodorowsky. Quelques années plus tard, cette série a été complétée par une autre série de six tomes appelée Avant l'Incal scénarisée par Moebius et dessinée par Janjetov. Il faudra attendre 2000 pour voir enfin Moebius revenir aux côtés de Jodorowsky pour entamer la troisième partie de triptyque : Après L'Incal.
Entre temps, le monde a changé. Jodorowsky a exploité le filon sans vergogne. Les séries dans le monde de l'Incal se sont multipliées sans fin : Caste des méta-barons, Megalex, Technopères... Le succès aidant, l'éditeur (Les Humanoïdes Associés) s'en sont aussi donné à coeur joie avec de nombreuses rééditions, des recolorisations et autres déclinaisons douteuses. De ce fait, la collaboration de Moebius et Jodorowsky ne put pas durer et la série Après l'Incal, initialement prévue pour 6 tomes, s'arrête dès le premier tome avec le retrait de Moebius du projet. C'est en 2008 que Jodorowsky reprend le projet aux côtés de Ladrönn et sort Final Incal.
Le démon de Hannah d’Antoine Rault
Hannah Arendt, jeune étudiante, et Martin Heidegger, son maître, s'aiment passionnément jusqu'à ce que l'Histoire les sépare. Avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Heidegger est séduit par le national-socialisme. Cette faiblesse l'éloigne de ses amis eux aussi intellectuels, parfois juifs, mais surtout d'Hannah. Michel Fagadau met en scène les retrouvailles imaginées par Antoine Rault entre ce grand philosophe allemand qui a perdu sa respectabilité et cette femme qui est désormais reconnue pour son travail et sa pensée.
Braquo
En terme de séries télévisuelles, l'attrait de la production française est quasi inexistant, sa qualité étant bien souvent en deçà des attentes d'un public qui se tourne quasi systématiquement vers la production d'outre-Atlantique dont la qualité est idolâtrée (souvent à tort).
En matière de séries policières en particulier, les premiers noms de créations françaises venant en tête sont souvent Navarro ou Julie Lescaut, qui, s'ils n'ont rien à envier sur le plan de la simplicité et du manichéisme de leur scénario aux Experts ou encore 24h Chrono, manquent cruellement de rythme, d'audace et d'attrait visuel. C'est en réponse à ce vide qu'Olivier Marchal, le créateur et co-réalisateur de la série a créé Braquo (abréviation argotique de "braquage"): "L'idée est de tenir tête aux séries américaines avec quelque chose qui a de la gueule, mais en France" aurait-il déclaré.
Antichrist

Antichrist
Il est des films qui laissent des marques indélébiles une fois que l'on les a vus. Antichrist est l'un d'entre eux. Lars Von Trier nous avait déjà habitué à des films chocs (Epidemic, Les idiots, Dancer in the Dark) mais avec Antichrist, il passe un nouveau cap dans l'expérience cinématographique. Clairement, Antichrist est un film dur et sans concessions. C'est probablement l'un des films les plus durs qu'il m'ait d'ailleurs été donné de voir, à rapprocher des expériences que l'on peut ressentir en voyant Salo, Irréversible ou Trouble Every Day.
Regarder Antichrist est une expérience passablement désagréable. C'est sûrement ce qui aura valu à ce film d'être bafoué par une majeure partie de la critique et du public. Cependant, je pense qu'Antichrist ne doit pas apparaître comme un exercice de style comme Irréversible. Antichrist semble avant tout être né d'un besoin de Lars Von Trier d'exorciser certaines images, certains maux. On peut taxer cette démarche d'exhbitionisme. Je la qualifierai d'intègre et profondément artistique en ce sens qu'Antichrist nous plonge réellement dans le monde des rêves et des fantasmes de l'auteur. Ce film nous fait découvrir l'Autre ou en tout cas un autre, pas forcément tel que nous avons envie de le connaître mais tel qu'il est réellement.
La Vida Loca de Christian Poveda
Au tout début du mois de Septembre, au Salvador, le corps de Christian Poveda était retrouvé au bord d'une route, assassiné. Pendant plusieurs mois, avant son assassinat, il avait tourné les images de La Vida Loca, documentaire sur les maras, ces gangs qui gangrènent le pays de par leur extrême violence. La police pense que l'assassinat a été commandité par un des chefs d'un de ces gangs.
En quoi un film pouvait-il justifier l'assassinat de son réalisateur. Car Christian Poveda maîtrisait parfaitement son sujet. Il connaissait les chefs des deux gangs (le 18 et le MS-13), leur avait demandé les autorisations de filmer et les avait reçues. Il était même pressenti pour servir de modérateur dans les négociations pour un éventuel cessez-le-feu entre les deux bandes rivales. Mais le film est plus dérangeant que tout ce qui aurait pu être fait.
