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Balmorhea : le son d’une nature sauvage et silencieuse

Posté le 6 décembre 2009

Formée en 2006 à Austin, Texas, Balmorhea est un quintet constitué de Aisha Burns, Michael Muller, Nicole Kern, Rob Lowe et Travis Chapman. La musique de Balmorhea, purement instrumentale, s'articule autour du violon, du violoncelle, du piano,  de la guitare sèche et du banjo. Essentiellement néo-classique, leur musique est tout de même teintée d'influences post-rock, post-folk matinées d'une étonnante touche country.

En 2007 Balmorhea sort un premier album auto-produit portant le nom de la formation. C'est en 2008 que sort leur premier véritable album, River Arms , sur le label texan Western Vinyl. Développant une musique purement néo-classique, River Arms est un album profondément romantique, extrêmement agréable et doux, faisant penser à Amiina, Eluvium... On lui reprochera seulement de parfois manquer un peu de personnalité.

En 2009, la formation arrive à une plus nette maturité avec All is Wild, All is Silent, toujours sur Western Vinyl. La touche personnelle qui transpirait à peine dans River Arms s'affirme ici beaucoup plus nettement. La formation continue dans la veine néo-classique mais avec un travail de composition plus net, plus sûr de lui. L'influence post-rock se fait maintenant claire, le piano a cédé la place à la guitare sèche et apparaissent des longues montées en puissance accompagnées de rythmiques. Le néo-classique n'est dans cet album plus qu'une influence et non plus une fin en soi. D'un certain côté c'est dommage car on a perdu en minimalisme, d'un autre, leur musique semble plus épanouie et le groupe semble s'y exprimer plus pleinement. Les voix peuvent aussi y faire leur apparition mais uniquement en longue mélopées dénuées de langage, gardant le côté purement instrumental et universel de leur musique.

Dans cet album, le groupe arrive aussi à intégrer avec beaucoup de maturité son influence country, issue de ses origines géographiques. Le résultat est étonnant. Leur musique a un vrai parfum de terre, et donne l'impression d'apercevoir les immensités de nature sauvage qui l'ont bercée. Les excellents clips (ici aussi) illustrent à merveille cet univers sonore. De cet album, les artistes qui se rapprochent le plus sont probablement A Silver Mount Zion, Explosions in the sky ou éventuellement Sigur Ros à l'époque de ().

Pour combler les auditeurs frustrés par la perte de minimalisme de All is wild, All is silent, le label Western Vinyl a édité en Août 2009, soit six mois après la sortie de l'album, un excellent album de remixes. La liste des artistes invités parle d'elle-même : Eluvium, Rafael Anton Irisarri, Machinefabriek, Helios, Peter Broderick, Xela... Bref, exit la folk, exit le post-rock, vive le retour du néo-classique et de l'ambient pour cet album de remixes! All is wild, all is silent remixes vient totalement transcender l'album original, ne retenant que la musicalité pure pour la plonger dans un monde plus lent, plus abstrait, plus feutré.

Bien que la musique qu'il contient soit tout de même différente, cet album me fait systématiquement penser à Kicking a Dead Pig de Mogwai, sorti en 1998 sur Chemikal Underground. Déjà cet album avait su réunir de manière extrêmement unifiée, des artistes issus de scènes pourtant bien distinctes, tous inspirés par la musique si parlante de Mogwai. Ici, la même magie opère. Balmorhea parvient à démontrer que là où certains voient une frontière entre la folk, le post-rock, l'ambient et le néo-classique, il existe en fait un petit espace précieux et  fragile où peut se développer une musique élégante, inspirée, consensuelle mais sûrement pas condescendante.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. Excellente trouvaille, je suis réellement emballé par l’ensemble de leur discographie. Et c’est vrai que l’on sent une certaine maturité dans ce dernier album, l’arrivée des influences texanes est parfaitement intégrée et maîtrisée, tout en finesse. Cela balance vraiment avec River Arms, qui je suis d’accord avec toi est par moment un peu fade… bref, une évolution véritablement salvatrice.

    J’attends le suivant avec impatience !


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