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La Demeure du Chaos

Posté le 19 décembre 2009

La Demeure du Chaos

La Demeure du Chaos

La Demeure du Chaos (DDC) est un projet artistique, créé en 1999 par Thierry Ehrmann dont le but est de dédier totalement un lieu à un art contemporain apocalyptique, déviant et chaotique. Plus qu'un musée la DDC est une oeuvre d'art en elle-même, les créations artistiques, permanentes, s'intégrant directement dans la structure même du bâtiment. Evolutive, elle ne cesse de s'enrichir de nouvelles créations protéiformes.

On peut ne pas adhérer à l'esthétique des oeuvres. Elles sont toujours dérangeantes, souvent provocatrices et dans tous les cas, elles bousculent violemment la morale. Personnellement, je trouve cette création fascinante. Là où une violence polie arrive sur les écrans de tout un chacun sans que cela ne dérange personne, la DDC la laisse s'exprimer sous ses formes les plus primitives. Elle respire la peur et la haine, elle nous confronte à la violence véritable.

Bien que de très nombreux artistes y participent, le projet reste indisssociable de la personne de Thierry Ehrmann. En effet, il fallait une personne de son envergure pour mener à bien un tel projet. D'abord car il fallait une vision de réel connaisseur en art pour imaginer un tel projet. En ce sens, le fait que Thierry Ehrmann soit derrière le plus grand groupe de cotation d'oeuvres d'art contemporain (Art Price) est un point essentiel. Ensuite, car il fallait une importance médiatico-financière pour d'abord financer un tel projet et ensuite le maintenir en vie contre vents et marrées. En ce sens, la fortune de Thierre Ehrmann et son influence dans le milieu de l'art sont des facteurs prépondérants.

Pourquoi "la maintenir en vie contre vents et marrées" ? Mais car la DDC dérange tellement qu'elle est en danger. Si elle s'était trouvée dans une zone industrielle dans une banlieue quelconque, elle n'aurait pas gêné qui que ce soit, la violence crue de notre société occidentale n'aurait été exposée qu'aux vues de ceux qui la connaissent déjà et tout le monde aurait pu dormir tranquille. Mais il n'en est rien. Pour créer la DDC, Thierry Ehrmann a décidé de laisser la mutation opérer dans les locaux de direction de sa société. Et ces locaux se trouvaient dans une magnifique demeure bourgeoise en pierres dorées de Saint-Romain au Mont d'Or, dans le Rhône.

Si vous ne connaissez pas la région lyonnaise, cela ne vous parle peut-être pas mais Saint-Romain au Mont d'Or est l'un des villages huppés de la banlieue lyonnaise, où le marché de l'immobilier et le calme mortifère sont rois. Vous imaginez ainsi facilement l'effet qu'ont pu causer la carbonisation d'une partie du jardin, l'installation de néons, de barbelés, des graffitis, la destruction partielle de murs et la présence de nombreux artistes peu en phase avec les habitants d'un tel village. Depuis maintenant 10 ans, la DDC et la mairie s'opposent devant les cours de justice, la mairie demandant purement et simplement la destruction de la DDC.

La justice française a très récemment donné raison à la mairie et la DDC a maintenant recours à la cour européenne des droits de l'homme. En 10 ans, la DDC est devenu un lieu majeur de l'art contemporain citée à travers le monde entier. Sa disparition serait une véritable perte, d'autant plus qu'elle ne serait motivée que par la morale et le marché de l'immobilier. Une pétition regroupe un grand nombre de défenseurs de ce projet, libre à vous de la signer. Pour plus d'informations sur la DDC, je vous invite à aller voir la vidéo suivante, relatant (d'un point de vue certes partial) l'histoire de la DDC.

De manière générale, le site de la Demeure du Chaos contient un grand nombre de vidéos artistiques qui valent réellement le détour. Et si vous êtes en  région lyonnaise, la DDC est ouverte au public et sa visite est une expérience inoubliable.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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  1. Je suis pour ma part totalement atterré par le fait que le débat se situe encore à « Qu’est-ce qu’une oeuvre d’art ? », et que l’on puisse encore oser glisser des notions d’esthétisme dans cette définition. J’aurais aimé croire que la question avait été pliée: il m’avait semblé que Gustave Courbet était à l’origine (hum…) d’un tableau balayant les arguments concernant l’esthétisme, et le XXe siècle, par l’intermédiaire de Marcel Duchamps et plus tard par Warhol (entre-autres et pour ne citer que les plus médiatisés…) avait fini de faire table rase sur la notion de « virtuosité » jusque lors indissociable de la définition de l’oeuvre d’art. (Petite parenthèse: je m’interroge réellement sur la popularité des « Marilyn » sérigraphiées et ce que le grand public peut bien y trouver)

    Maintenant, que Thierry Ehrmann n’ait pas respecté les codes de l’urbanisme en place, et puisse être condamné pour cela, soit. Il s’agit là de quelque chose de purement technique et d’objectif. Pour le reste, le débat semble avoir été tranché par la justice française…

    Je demeure circonspect vis à vis de l’argument concernant la liberté d’expression que les auteurs de l’oeuvre veulent porter devant la cours européenne, et j’ai hâte de voir comment ils vont réussir à formuler ça de façon crédible.

    Thierry Ehrmann avait déclaré que « l’aspect le plus important d’une oeuvre d’art est de faire se poser des questions ». Je partage entièrement ce point de vue, et c’est pour moi là que réside essentiellement la force de la DDC, et le support extrême choisi par son auteur en fait, à mon sens, une pièce majeure.

  2. Que la justice ait estimé que cette question pouvait être finalement tranchée sur le simple code de l’urbanisme est bien trop cynique. Je ne me rangerai pas derrière un « soit », en tout cas pas avec un argument de juriste aussi peu convaincant.

    Je pense que la liberté d’expression est plaidable sur cette question. Laisser un code de l’urbanisme décider entièrement de la possibilité de l’apparition de l’art dans un environnement urbain, c’est une façon de museler les artistes. Comment Banksy aurait pu devenir l’artiste majeur qu’il est maintenant avec de tels arguments?

    Dura lex sed lex d’accord, mais avec ce genre d’arguments stupides, on n’aurait pas beaucoup avancé.

  3. Et comme Banksy que tu cites, ils sont nombreux, les artistes, à avoir débuté dans la clandestinité. Un autre nom qui me vient comme ça est Keith Harring, et il y en a beaucoup d’autres, voir la très bonne exposition « Né Dans la Rue » à la fondation Cartier à Paris, prolongée jusqu’au 10 Janvier 2010. Et comme pour les Marilyn sérigraphiées, je ne comprends pas la popularité générale de Harring et Banksy au regard de l’incompréhension d’une partie de la population qui refuse toujours d’admettre toute forme de création artistique au « graffiti »: on est plus à une contradiction près… « ah mais là, là hein ? … euh… oui bah là c’est pas pareil, hein ? Et remet moi un coup de rouge Marcel !  » (afin de signifier clairement mon absence de volonté de lancer, aujourd’hui en 2009, un tel « débat », resituons le au niveau du bistrot, qu’il n’aurait pas dû quitter…)

    Maintenant le sens de mon propos n’était pas de cautionner la destruction de l’oeuvre sous couvert du code de l’urbanisme. Du tout. J’avais à vrai dire mal interprété le jugement rendu le 13 septembre 2006. J’avais compris que la DDC avait été condamné à 200 000 euros pour non respect du code de l’urbanisme, mais que le juge n’ordonnait pas la remise en état initial. C’est là que je disais que c’est purement objectif: déclaration préalable ou pas de déclaration. Contravention ou pas. Comme pour un excès de vitesse, et c’était le sens de mon soit. Ce que je désignais comme étant « Pour le reste » concernait la destruction ou non de l’oeuvre. Et pour ce que ça vaut, je ne partage pas le dernier avis rendu par la justice.

    M’étant redocumenté sur le jugement de 2006, il s’avère en fait que la DDC avait été relaxée sur tous les points (dont le non respect du code de l’urbanisme), et que les 200 000 euros étaient dus « pour absence de déclaration préalable d’une œuvre supérieure à 40 m^3″…


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