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Le grand livre des robots d’Isaac Asimov

Posté le 3 mars 2010

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GrandLivreRobotsCet opus est composé de trois ouvrages de l'auteur: un recueuil de nouvelles, "Nous les robots", ainsi que deux romans formant une suite: "Les Cavernes d'Aciers" et "Face aux feux du soleil".

Au XXIème siècle, l'humanité est parvenue à construire des machines autonomes et pensantes, des robots capable de parler, entendre et bénéficiant de rudiments de réflexion grâce à leur cerveau positronique, dont la corporation U.S. Robots a l'exclusivité.

Très vite rejetés par une population humaine qui n'arrive pas à se séparer du complexe de Frankenstein (la création se retournant contre son créateur), les trois lois de la robotique sont créées pour rassurer la population et gravées au plus profond des cerveaux positroniques, de fait qu'un robot ne peut rien faire sinon les respecter à chaque instant. Ces trois lois sont:

1. Un Robot ne peut nuire à un être humain ni laisser sans assistance un être humain en danger.

2. Un Robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par les êtres humains, sauf quand ces ordres sont incompatibles avec la Première Loi.

3. Un robot doit protéger sa propre existence tant que cette protextion n'est pas incompatible avec la Première ou la Deuxième Loi

Le recueil de nouvelle est composé de la quasi totalité des nouvelles de l'auteur sur le thème des robots, qu'il a organisé en ensembles cohérents ayant thèmes ou personnages en communs. Ces récits sont bien écrits, et l'auteur réussit à innover et à très peu se répéter. Chacune arrive à nous éclairer sur un point donné, nous montrer une nouvelle facette de l'univers riche qui les accueille, à poser un nouveau problème. La cohérence de l'ensemble émerge au fur et à mesure de la lecture et l'on apprécie que l'auteur ne nous fournisse pas une solution aux problèmes qu'il soulève. Cette sélection de nouvelles nous permet donc d'avoir une approche assez complète d'une réflexion parfaitement logique sur l'intégration des robots dans la société humaine.

Ainsi, des hommes allant des simples particuliers aux pionniers de la nouvelle science dite "Robotique" sont décrits avec moult détails et dans un style aussi fluide que la progression des intrigues. Il ne fait aucun doutes que l'auteur maîtrise l'exercice de la nouvelle, et le lecteur ne se lasse pas !

"Les Cavernes d'Acier" est un roman policier. Elijah Baley est un détective de la police de NewYork. Dans l'univers dépeint par l'auteur les hommes ne vivent plus à l'air libre mais dans une trentaine de cités monstrueuses éparpillées sur la Terre et contenant chacunes plusieurs dizaines millions d'habitant. Dans ces villes les hommes vivent entassés et en autarcie, sans aucune fenêtre, respirant l'air climatisé, subissant une organisation hiérarchisée à l'extrême et ne connaissant que la lumière blafarde des néons. Les robots travaillent dans des fermes ou des mines à l'extérieur et assurent la plus grande partie de la production de ressources. Il y a longtemps des hommes ont colonisé des planètes. Ce sont devenus les "mondes extérieurs" et ces hommes sont désormais appelés "Spaciens", et surpassent de beaucoup les terriens. Les deux groupent se détestent ouvertement. D'une colonie sur Terre appelées "SpaceTown" ils dirigent tranquillement l'humanité. Seulement un spacien est assassiné, chose rarissime. L'incident diplomatique potentiel est embêttant, et Baley est chargé de l'enquête... aidé par un robot Spacien répondant au nom de Daneel Olivaw.

Ce roman se passe entièrement sur Terre et fournit une excellente description de ce qu'est devenue la vie sur Terre longtemps après l'univers décrit dans les nouvelles. On y découvre une société intelligemment pensée et une reflexion sur la vie sociale en général et la nécessité à terme pour l'homme de quitter son cocon terrestre. L'enquête policière en elle même est bien pensée, sans invraisemblance, mais n'est finalement qu'un prétexte pour nous emmener au plus profond de ces Cités. Le personnage principal est un peu l'archétype du détective hollywoodien des années 50, et c'est avec beaucoup de brio qu'Asimov parvient à transposer cette personnalité dans le troisième millénaire. Le récit est parfois drôle et ponctué de rebondissements. La longue exposition et la fin ouverte fond de ce tome le premier opus d'une fresque grandiose.

Face aux feux du soleil est la suite des Cavernes d'Acier. Sur Solaria, une lointaine planète des mondes extérieurs, un terrible assassinat a été comis. Baley est chargé de l'enquète, il va être le premier terrien à visiter une planète Spacienne...

"Les Cavernes d'Acier" avait commencé à nous laisser entrevoir un univers riche et luxuriants de détails, "Face aux feux du Soleil" nous emmène encore plus loin dans l'univers pour notre plus grand plaisir et le lecteur en découvrira sur la mentalité spacienne. La planète spacienne est un bon prétexte pour nous amener une fois de plus sur une réflexion portant sur la génétique, l'eugénisme, la surpopulation et les rapports humains. Les robots sont très largement présents et sur leur présence repose les fondations de la société de Solaria. Ce roman nous présente donc ce que serait une société entièrment basée sur les robots, et la tentative de l'auteur d'en créer une est intelligente. Le prétexte de l'enquête policière permet une fois de plus l'exploration quasi totale de cette organisation tout en fournissant un scénario solide, tout ce qu'il y a de plus agréable. La narration est toujours fluide et le style efficace.

Je découvre ici pour la première fois l'univers robotique d'Isaac Asimov et j'ai été particulièrement conquis et je comprends maintenant pourquoi les robots sont indissociables du nom de l'auteur. Une lecture que je recommande, loin des clichés généralement associés au thème.

Article initialement publié en 2003/2004

Posté par matteo

Contributeur de magm3 depuis le début (ou presque), en particulier sur les aspects techniques. Je suis particulièrement intéressé par la littérature fantastique (classique et contemporaine), le cinéma d'art et d'essai, la musique électronique (balayant large du breakbeat aux productions expérimentales type Raster Noton). Actuellement ingénieur en informatique.
Commentaires (2) Trackbacks (0)
  1. Isaac Asimov est essentiellement connu pour ses écrits de science-fiction, mais il était également un brillant physiscien et biologiste (discplines dans lesquelles il a d’ailleurs écrits nombres d’ouvrages purement scientifiques).

    Ses romans de science-fiction servaient essentiellement de catalyseurs à un processus de réflexion sur les développement technologiques et les bouleversements que ceux-ci pouvaient apporter. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ses trois lois de la robotique sont aujourd’hui complètement assimilées par ceux travaillant dans le domaine.

    On rappellera par ailleurs que ses ouvrages les plus connus sont le cycle des robots (sujet du présent article) et le cycle « Fondation » qui s’intéresse plus aux possibilités offertes par les mathématiques dans le domaine de la stochastique.

    En général, les lecteurs ayant commencés par le cycle fondation apprécient moins les cycle des robots, et vice-versa.

  2. En général, les lecteurs ayant commencés par le cycle fondation apprécient moins les cycle des robots, et vice-versa.

    C’est étonnant, mais un collègue, à la lecture de cette chronique, a émis exactement la même remarque. Pour ma part, j’ai commencé par les robots, et poursuivi par fondation, et mon avis n’est pas aussi tranché. A vrai dire, les romans d’Elijah Baley sont sympathiques mais ce sont les nouvelles que j’ai préféré, et de très loin, principalement pour leur concision: une problématique => une nouvelle. Leur grande variété permet une exploration de la thématique « les robots dans notre société » extrêmement vaste. Les romans quant à eux traitent plus de « organiser une société autour des robots », et cela m’a moins intéressé, ou en tout cas moins stimulé.

    Quant au cycle de fondation, j’avoue avoir été extrêmement pris par les premiers tomes, mais j’ai trouvé que la série finissait par s’essouffler. Cette fois la problématique des mathématiques stochastiques et leur implication sur notre société m’a semblé plus diffuse, moins concise et abordée sous moins de facettes que celles des robots. J’ai tout de même pris un grand plaisir à lire ces romans, mais je m’interroge sur la pertinence du format, en saga fleuve de plusieurs milliers de pages…


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