Magm3 guide informel de nouvelles cultures depuis le siècle dernier

Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo Del Toro

Posté le 13 avril 2010

Espagne franquiste, 1944. Ofélia, au sortir de l'enfance, accompagne sa mère enceinte qui rejoint son nouveau mari, Vidal, capitaine franquiste et très autoritaire. Près de leur nouvelle demeure se trouvent les vestiges d'un labyrinthe, vestiges autour desquels vont bien évidemment se tramer les événements.

Il ne faudra pas longtemps au spectateur pour comprendre que la rencontre d'Ofélia avec le faune, gardien du labyrinthe, est essentiellement sa manière à elle d'appréhender une réalité difficile, qui risquerait de la briser. Le labyrinthe de Pan est donc une sorte de conte moral et d'apprentissage, qui, s'il peut se résumer rapidement, n'en reste pas moins intéressant et maîtrisé.

Nous avons donc d'un côté Ofélia, que tout sépare de son nouveau beau-père. Pour rester fidèle à ce en quoi elle croit, cette charmante enfant se réfugie dans les contes de fées, qui lui procurent certaines réponses aux questions qu'elle se pose. De l'autre côté, le personnage du capitaine Vidal, militaire franquiste qui semble sans coeur et sans sentiment, traquant froidement les résistants au nouveau régime et n'hésitant pas à employer des méthodes plus que douteuses. Mais il est en fait et surtout écrasé par le souvenir de son père, lui aussi militaire, tué au combat. La quête d'Ofélia sera donc une sorte de fuite de son beau-père, alors que Vidal ne fait que pousser un suicide par procuration pour répondre à de fausses exigences.

Le récit mêlera donc, comme souvent dans l'oeuvre de Del Toro, réalité vécue et fantastique plus ou moins fantasmé, la frontière entre les deux restant toujours assez floue. La réalisation suit également les principes fondamentaux de Del Toro : une utilisation intelligente des images de synthèse, qui ne sont pas ici pour en mettre plein la vue, mais bien pour soutenir l'histoire, et surtout l'utilisation d'animatronics pour les personnages fantastiques les plus importants. Le tout étant couplé à des prises de vue réelles qui portent véritablement l'ambiance assez oppressante du film.

On appréciera itou le design du bestiaire fantastique. Le faune semble un mélange d'animal, d'humain et de végétal, son physique, contrairement à ce qu'on pourrait craindre, laisse deviner un personnage un peu retors, ni tout à fait mauvais, ni tout à fait bon. On appréciera également l'ogre, tant pour son physique que pour tout le concept qui l'entoure, de sa manière de voir à celle de se déplacer.

La seule véritable faute du film tient en son final. Sans vous le gâcher, ne vous attendez pas à une révélation fracassante ou à une sortie exceptionnelle. La dernière scène comprenant Ofélia est tout simplement quelque peu pompeuse, assez mal intégrée, et c'est probablement celle qui a le plus mal vielli depuis la sortie du film en 2006. Mais malgré ce défaut, le Labyrinthe de Pan n'en reste pas moins un très bon film dans la veine hollywoodienne, un de ces films qui ne révolutionneront certes pas le cinéma, mais qui tendent à prouver qu'il est également possible de faire un cinéma commercial et intelligent, porté par de vraies valeurs artistiques. Je ne peux conclure ce post qu'avec une ultime recommandation : ne vous fiez pas à la phrase d'accroche - pathétique il est vrai - de l'affiche, tant celle-ci est affreusement réductrice.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (0) Trackbacks (0)

Aucun commentaire pour l'instant


Leave a comment

Aucun trackbacks pour l'instant