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Haze de Shinya Tsukamoto

Posté le 24 avril 2010

Un homme, joué par le réalisateur, se réveille dans le noir et dans un espace exigu, entouré de murs en béton. Il peut à peine se mouvoir et s'aperçoit rapidement qu'il porte une douloureuse blessure, profonde et ouverte, à l'estomac.

Il tente alors de rassembler ses esprits, et constatant qu'il n'a presque aucun souvenir, entre dans une quête désespérée d'une échappatoire. Rampant dans ces boyaux souterrains à la recherche d'une issue, au hasard des intersections, traversant des pièces emplies de corps déchiquetés, de membres en putréfaction, apercevant des scènes rituelles qui débutent par des chorégraphies annonçant des orgies sexuelles mais qui tournent rapidement en massacres sanguinaires... Désorienté et parvenu au comble de la déréliction, il finit par rencontrer une femme dans une situation en tous points similaires. Cette dernière, mue par une détermination inébranlable, le pousse à poursuivre l'exploration...

Haze est un moyen métrage sorti en 2005 dans le cadre du festival de Jeonju dans une première version de 30 minutes. C'est la version éditée ensuite en DVD dans une version "director's cut" de 48 minutes qui est ici chroniquée.

Il s'agit du premier film tourné en numérique par le réalisateur, et ce changement lui offre une certaine efficacité, tant sur le plan narratif que purement cinématographique. En effet, bien que non spécialiste, j'ai envie de croire que le numérique permet de s'affranchir, notamment pendant le tournage, mais aussi en post-production d'une certaine lourdeur et offre du coup la possibilité d'une plus grande réactivité, un meilleur feedback à la pulsion créative en quelque sorte. C'est donc sans surprise, et avec plaisir, que l'on retrouve la nervosité du Tsukamoto des débuts, alors qu'il tournait encore ses films en 16mm. Et dans ce film, Tsukamoto semble vouloir se focaliser sur la situation, ou plutôt l'horreur de cette situation telle que vécue par ses personnages. Ainsi, en termes de narration, les personnages amnésiques lui permettent même de ne pas perdre de temps à raconter autre chose que l'abominable présent. S'il y a quelques rares flashbacks, ils sont tous relatifs à des scènes de tortures subies au moment de l'arrivée dans le dédale. Le film débute sur un gros plan du protagoniste principal ouvrant les yeux: le spectateur découvre la situation en même temps que lui, ressort certes classique et éprouvé mais d'une efficacité dont je m'étonne encore aujourd'hui...

On retrouve dans ce film les thèmes classiques des premiers Tsukamoto: la souffrance et la mutilation des corps, l'enfermement dans des structures humaines complexes (sans pour autant retrouver de cyberpunk). Bien que très noir lui aussi, je ne le rapprocherais pas pour autant de Bullet Ballet ou de Tokyo Fist, car je le classerais plutôt assez nettement dans la catégorie film d'horreur, très à part donc, malgré des similitudes thématiques héritées de leur paternité commune.

Minimaliste a bien des égards, ce film n'en demeure pas moins exécuté d'une main de maître. Le confinement, le jeu sur la claustrophobie sont parfaitement rendus par une maitrise du plan serré, des effets de zooms pondérés et de l'utilisation à bon escient de la lumière. Je pense que ceux qui ont eu la chance de visionner cette œuvre dans un cinéma (un espace clos, hors de chez soi, et étant donné le type de film et le faible engouement du public pour le genre, seuls...) doivent s'en souvenir... avec effroi.

Pour un premier film avec un nouvel outil (la DV), Tsukamoto s'en sort à merveille, et offre un film qui rejoint l'étagère des films d'horreur réussis, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

Posté par matteo

Contributeur de magm3 depuis le début (ou presque), en particulier sur les aspects techniques. Je suis particulièrement intéressé par la littérature fantastique (classique et contemporaine), le cinéma d'art et d'essai, la musique électronique (balayant large du breakbeat aux productions expérimentales type Raster Noton). Actuellement ingénieur en informatique.
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