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Deux visions de l’apocalypse

Posté le 5 août 2010

C'est tout à fait par hasard qu'à quelques semaines d'écart, je découvrais ces deux films étrangement similaires. D'un côté il y a La Route, réalisé par John Hillcoat en 2009 et adapté d'un roman écrit par Cormac McCarthy trois ans plus tôt. De l'autre, il y a Le Temps du Loup réalisé en 2003 par Michael Haneke, talentueux réalisateur, maintenant connu  du grand public pour avoir réalisé Le Ruban Blanc, palme d'or du festival de Cannes en 2009.

Ces deux films, a priori totalement indépendants l'un de l'autre, se ressemblent de manière singulière. Dans les deux cas, nous suivons des familles fuyant une catastrophe dont on ignore tout, forcées à errer sur des routes hostiles sans but apparent. Chez McCarthy, c'est un père et son fils qui errent sur la côte américaine. Chez Haneke, c'est une mère et ses deux enfants qui parcourent la campagne française.

Le traitement des histoires est similaire dans les deux cas. Les protagonistes, instinctivement recroquevillés sur leurs cellules familiales, alternent entre désespoir suicidaire et lutte pour la survie au fil de rencontres qui les confrontent aléatoirement à la générosité salvatrice ou à la sombre mesquinerie.

Il est très surprenant de voir à quel point les deux oeuvres se ressemblent, tant sur les thématiques abordées que sur le déroulement. Bien sûr, il serait bien cavalier d'accuser Cormac McCarthy de s'être inspiré d'un film de Haneke pour son roman, publié plusieurs années après la sortie du film. En même temps, il serait surprenant que McCarthy n'ait pas eu vent du film d'un réalisateur aussi majeur que Haneke...

Cependant, les deux films diffèrent d'une manière plus franche au niveau de la réalisation. Le film de Hillcoat est efficace, sensible, haletant, mais n'arrive pas à se départir d'un certain académisme. De l'autre côté, le film de Haneke est fidèle à la tradition du réalisateur : noir, profond, dur mais jamais gratuit. Et là où Hillcoat ne peut nous livrer autre chose que de la fiction avec son lot de rebondissements, Haneke nous présente une réalité terrible où l'horreur prend tout son temps pour se développer. Hillcoat a choisi la sensibilité, Haneke a choisi la réflexion.

Ce sont donc deux films indépendants dont je conseille vivement le visionnage en parallèle. La Route sera appréciée des amateurs de films américains noirs mais polis. Le Temps du Loup contentera quant à lui les amateurs de films durs, d'une sévérité psychologique parfois à la limite du supportable. Les deux ont leur intérêt et formeraient presque un début d'exercice de style oulipien sur le thème de la mort de la civilisation.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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