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Sin Nombre, de Cary Fukunaga

Posté le 18 août 2010

Sin Nombre. Sans nom. Sans nom comme les milliers de Sud-américains qui se tassent au-dessus des trains pour le voyage le plus dangereux de leur vie, un voyage qui, ils l'espèrent, les mènera vers l'Eldorado dont ils ont tant rêvé. L'Eldorado des Etats-Unis, là où ils ont une chance de travailler un peu, gagner quelques dollars pour aider leur famille, restée au pays, à subsister.

Sin Nombre. Sans nom. Sans nom comme la violence qui agite certaines régions d'Amérique du Sud, gangrénées par la pauvreté, mais surtout par les gangs. Issus des expulsions américaines, les maras, loin d'être anéanties du fait de leur déplacement, continuent non seulement d'exister dans leurs régions d'origines, mais se développent maintenant sur tout le continent par le biais des expulsions. Les Maras, gangs de trafiquants de tout et n'importe quoi, familles de voleurs et de hors-la-loi qui s'affrontent entre elles pour l'honneur et le contrôle d'un territoire. Une famille qui demande beaucoup de sacrifices, et qu'on ne quitte pas sans lever le vent de la trahison, et parfois en payer le prix.

Sin Nombre. Sans nom. C'est le voyage d'un membre d'un gang, qui afin de sauver une jeune fille elle-même en train de fuir son pays pour des lendemains qu'elle espère meilleure, doit tuer son chef, et donc se mettre hors-la-règle par rapport à son gang. Sa punition, si les autres membres du gang le rattrapent : la mort, sans autre forme de procès. Peu de dialogues, pas de misérabilisme, pas de voyeurisme. Une réalité dure et crue, vécue par des milliers comme étant leur quotidien, par des milliers qui tentent leur chance faute de mieux, qui aspirent à quelque chose qu'ils pensent meilleur, plus grand et ce quelles que soient les voies qu'ils décident d'emprunter pour y arriver.

Sin Nombre. Un road movie sur le toit d'un train, où la violence est omniprésente au milieu de couleurs chatoyantes et d'une lumière pourtant si douce. Comme si la nature et certains hommes tentaient par ce biais de cacher la face sombre de l'humanité qui se réveille toute les secondes dans ce monde sans pitié, où seuls peuvent survivre les plus forts ou les plus rusés et où seuls survivent ceux qui acceptent le jeu dans son ensemble, avec les conséquences directes de l'échec ou d'un mauvais choix, du moins d'un choix qui ne correspond pas à celui qui était attendu. Un film dur, mais réaliste. Un film qui montre, mais qui ne juge pas. Un film qui force à ouvrir les yeux, mais qui ne fait pas de surenchère. Pas de dénonciation, pas de voyeurisme, pas de volonté de changer le monde. Juste l'espoir que quelqu'un comprendra. L'espoir qu'il existe encore une lumière au bout du tunnel.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. La sévérité de ce road-movie à travers l’Amérique centrale a un côté est attenuée par une image léchée mais on n’est pas pour autant dans l’ultra-esthétisant d’une Cidade de Deus, la réalisation ici est volontairement classique, le traitement de l’histoire aussi. C’est un bon film en effet.

    C’est à ma connaissance la seconde fois que l’on traîte des maras au cinéma (avec la Vida Loca, dont tu avais déjà parlé). C’est un sujet intéressant, peut-être car il nous est impossible d’imaginer que c’est notre propre réalité.

    Ca m’aura aussi fait penser à l’Ame des Guerriers sur les maoris de Nouvelle-Zélande ou, dans un autre genre, à Little Odessa sur les mafias russes (le côté sensible, violent et réalisation classique probablement).


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