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The Wire – Sur écoute, créé par David Simon

Posté le 5 septembre 2010

C'est un projet tentaculaire qui s'étend sur 5 saisons, toutes prenant place à Baltimore. C'est un véritable défilé de personnage, de situations, d'actions, de réactions, parfois de clichés, mais aussi de très grands moments télévisuels. C'est une série tellement riche et bien menée, que l'on pourrait en parler des années durant sans jamais épuiser le sujet.

Il y a McNulty, il y a Aavon Barksdale, il y a Lester Fremon, et Snoop et Chris, il y a l'inénarrable Omar, le maire, le sénateur, il y a Bubbles et Proposition Joe, Bodie et Poop et mille autres que j'oublie forcément dans cette fresque digne d'une petite odyssée. Mais le personnage principal de cette incroyable série où les arcs narratifs se croisent et s'entrecroisent n'est autre que la ville dans laquelle tout prend place, la ville de Baltimore.

Tout commence alors que le détective McNulty apprend que le trafic de drogue de la partie ouest de la ville serait entièrement entre les mains d'un seul homme, dont la police n'a jamais entendu parler : Aavon Barksdale. Je vous passe les détails mais le détective réussi à établir une surveillance rapprochée des membres du gang de ce dernier pour le faire tomber, grâce notamment à une mise sur écoute. Et la série aurait pu s'en arrêter là. Mais les personnages sont trop attachés à l'idée de justice, et les scénariste décident, plutôt que de focaliser chaque saison sur une mise sur écoute particulière, de dévoiler chacun des aspects du trafic de drogue dans la ville, suivant les traces de l'argent de la drogue.

La saison première est donc celle de la mise en place, la seconde, la plus difficile à aborder, est celle des fournisseurs, qui ne fournissent d'ailleurs, en hommes d'affaires internationaux d'un certain genre, pas que de la drogue, la troisième celle de la politique. La quatrième saison s'attaque aux lacunes du système scolaire et la cinquième au rôle de la presse dans la couverture de tous ces événements. Mais si chaque saison se focalise sur un thème en particulier, toutes restent entremêlées dans une inextricable toile, où les actions de chacun ont des conséquences parfois insoupçonnés sur les autres.

Cette série, créée par un ancien policier, a en plus le culot de ne pas tomber dans le manichéisme habituel du genre. Les personnages ne sont ni tout noirs, ni tout blancs, ils portent tous un passé, une histoire, qui les conduit à agir comme ils le font. Ainsi, Omar, gangster homosexuel au charisme incroyable, ne s'attaque qu'aux dealers et en paie parfois très cher le prix. Les flics mettent constamment leur vie en danger mais ne sont pas tout propres non plus, certains sont même de parfaits imbéciles égocentriques. Les politiciens, s'ils sont motivés par les meilleures intentions du monde, n'en restent pas moins attachés à leur carrière personnelle. Et puis surtout, il y a ce "code" des gangsters qu'Hollywood nous ressert si souvent et qui est ici montré pour ce qu'il est : des décisions liés à une volonté d'expansion économique, du business. Le seul code qui les anime vraiment est la morale qu'ils décident au final de suivre, résumé parfaitement par un des propos d'Omar : "a man gotta live with a code", un homme doit vivre avec un code. Mais ce code, c'est celui qu'il décide de suivre, il ne peut lui être imposé. Au final, il ne s'agit que de prendre ses responsabilités.

Il est très difficile de résumer une série comme The Wire, aussi je ne peux que vous encourager à vous jeter dans le bain, et à l'embrasser à bras le corps. Les balles y fusent, les corps tombent, et l'on s'aperçoit que l'on s'attachait finalement même à ceux qui paraissaient les plus pourris. Certes ils ont fait un choix, et doivent donc en assumer les conséquences, mais ce choix était aussi dicté par certaines circonstances. Bien entendu, vu l'ampleur du projet, certaines ficelles apparaissent un peu grosses, comme par exemple le gamin du ghetto sauvé par un incroyable concours de circonstances, mais c'est aussi ce qui fait la force de la série. Elle n'hésite pas à montrer que certains ont parfois la chance de s'en sortir, mais que pour un miracle, combien de routes toutes tracées ? De même les grosses ficelles de la cinquième et dernière saison qui ont l'avantage de montrer à quel point ce que nous aimerions tous combattre participe en fait pleinement du système mis en place. Ce n'en est que la face cachée, inséparable, avec laquelle il faut savoir composer. Car si les règles changent, le jeu reste le même.

The Wire se présente donc non seulement comme une série phare de cette décennie, mais également comme une fresque d'une incroyable richesse, l'équivalent télévisuel du grand roman américain, de l'odyssée littéraire qui manque parfois à certains domaine. Une série qui sait user de son format pour proposer un grand oeuvre. Un incontournable.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (3) Trackbacks (0)
  1. Excellente série ! Dans le trio de tête des meilleurs séries de tous les temps !

    Omar’s coming !

    🙂

    • Je trouve aussi que le personnage d’Omar est probablement le plus intéressant et le plus charismatique de la série Et il est magnifiquement interprété par l’acteur.

      la série, elle, clairement, déchire sa môman.

  2. graave !


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