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Le Seigneur des Porcheries, de Tristan Egolf

Posté le 21 septembre 2010

Le Seigneur des PorcheriesJohn Kaltenbrunner n'a pas de chance. Il n'a pas connu son père, sauf à travers les histoires que lui racontent les ouvriers de la mine qu'il dirigeait, et il est supérieurement intelligent. La preuve en est, à neuf ans, il a fait de la ferme familiale une petite entreprise, pas encore très lucrative, mais qui ne demande qu'à le devenir. Voila le genre de malchance, pensez-vous, dont beacoup aimerait souffrir. Mais John Kaltenbrunner est aussi né à Baker, et est resté sa (courte) vie durant à Baker, et Baker est le parangon de la ville des Etats-Unis bien profonds.

Baker, c'est une petite ville de quelques milliers d'habitants, située en plein dans cette région appelée la Corn Belt. C'est une ville où tout ce qui prétend s'élever un tant soit peu au dessus de la médiocrité environnante est immanquablement écrasé, foulé du pied, ramené à sa fange originelle, voire un peu plus bas, histoire que l'incident ne se reproduise plus avant quelques dizaines d'années. C'est cette situation qui fera que John prendra sa revanche, de la manière la plus singulière et la plus incroyable qui soit.

A travers l'histoire de John, qui compte des harpies méthodistes, des proviseurs blasés, des flics incapables et une justice expéditive, sans parler des innombrables poivrots nécessaires à toutes communauté de ce type, Tristan Egolf nous raconte le quotidien d'une Amérique désabusée, sans contact avec le monde, repliée sur elle-même dans un conservatisme à faire froid dans le dos. Mais il ne le fait pas avec rancœur ou méchanceté. Bien au contraire, l'histoire qu'il nous raconte du point de vue d'un collègue de son héros, est pleine d'humour, d'aventures qui semblent banales, mais prennent des dimensions homériques, le tout porté par un style décapant, mais incroyablement fluide pour un premier roman.

Portrait sans concession de l'Amérique profonde, prétendument religieuse et conservatrice, Le seigneur des porcheries porte non seulement très bien son titre, mais également son sous-titre : « Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes ». Ce combat d'un homme, seul contre tous, qui semble perdu d'avance, c'est aussi, quelque part, le combat de tous les Hommes, contre la bêtise et l'ignorance. Un incroyable roman à lire d'urgence.

  • Le Seigneur des Porcheries: Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes
  • Titre original: Lord of the Barnyard: Killing the Fatted Calf and Arming the Aware in the Cornbelt
  • Auteur: Tristan Egolf
  • Traduit de l'anglais par Rémy Lambrechts
  • Éditeur: Gallimard, Collection Du monde entier
  • Année de parution: 1998 (originale et traduction)
  • ISBN: 978-2070749967 (978-2070414734 pour l'édition en poche chez Folio)

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
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