Magm3 guide informel de nouvelles cultures depuis le siècle dernier

Le livre sans Nom, d’un Anonyme

Posté le 2 octobre 2010

La couverture est quasi entièrement noire, si ce n'est cette bouche, ressemblant à celle d'un Clint Eastwood tenant un quelconque mégot dans un de ses innombrables westerns. Quand on cherche le nom de l'auteur, on ne le trouve pas, il est anonyme. Quoi de plus normal pour un livre qui dit être sans nom ?

Habituellement c'est le cinéma qui s'inspire de la littérature pour ses scenarii. Les livres sont adaptés en films. Ici, c'est précisément l'inverse, et c'est bien ce qui est intéressant. Précisons d'emblée : ce n'est pas n'importe quel cinéma qui inspire le livre sans nom, c'est le cinéma de genre, le genre de Tarantino et Rodriguez, mais aussi les films de Kung Fu et les films d'horreur de série B (la vraie, celle qui est inventive dans ses procédés, pas celle qui se contente d'aligner les poncifs).

Ceci étant dit, on ne s'étonnera pas de la panoplie de personnages que l'on croisera au long du roman. Ils vont du voleur petite frappe qui sert dûment de chair à canon pour les personnages un peu plus musclés qui se baladent. Il y a le barman qui sait à peu près tout sur tout le monde, mais qui n'est pas assez fort pour s'imposer à qui que ce soit, il y a un psychopathe ultra rapide de la gâchette qui commet ses meurtres à raison de cent par dizaines, des moines pas tout à fait Shaolin, mais c'est tout comme. Il y a des vampires et des loups-garous, des flics incompétents et d'autres compétents, mais bien sûr au fond du trou. Et un couple qui ressemble furieusement à celui de True Romance.

L'histoire, elle se passe à Santa Mondega, une ville n'apparaissant sur aucune carte car apparemment centre du mal sur toute la Terre. Si ça ne vous rappelle pas un peu le Sunnydale de Buffy contre les vampires, vous êtes loin de savoir ce qui vous attend... En gros, une pierre permettant d'arrêter et de contrôler les mouvements de la lune est volée dans le monastère des moines et se retrouve, comme par un (mal)heureux hasard, à Santa Mondega. Et tout le monde semble courir après cette pierre, si possible en semant le plus de cadavres sur le chemin, et si en plus, les cadavres peuvent être atrocement mutilés, c'est encore mieux. Evidemment, les moines ne peuvent laisser faire ça, pas plus que les quelques flics du roman qui semblent avoir deux doigts de compétence. Et donc tout le palmarès de personnages cités plus haut de se mettre à se faire des noises assez violentes, soit pour récupérer ladite pierre, soit pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Comme de bien évidemment, le style de notre anonyme est à la hauteur pour faire de ce livre un texte aussi efficace et cinématographique que les références auxquelles il fait appel. Et bien que l'ensemble soit assez dur à expliquer, et de ce fait hautement bancal, le rythme fou furieux auquel nous oblige l'auteur est ce qui permet à l'ensemble de tenir dans une relative cohérence. On a donc droit au déchaînement jouissif et débridé d'absurdités violentes auxquelles on était en droit de s'attendre, surtout si l'on considère que la plupart des interactions de la ville impliquent essentiellement les poings ou les flingues des personnes impliquées.

Je ne pense pas que le livre sans nom rentrera dans la légende pour ses vertus littéraires, mais sans doute plus pour l'habileté avec laquelle il écrit sa légende encore au moment où je tape ces quelques lignes. Avouez-le, un auteur anonyme pour un livre sans nom qui s'approprie un nombre monstre de références populaires du cinéma pour en faire une épopée écrite et jouissive, ça a de quoi intriguer. Mais même si ce nouveau livre n'est pas du meilleur acabit, il n'en reste pas moins une lecture plus que réjouissante pour toute personne un tant soit peu ouverte d'esprit à la culture populaire et aux expériences artistiques douteuses. En faites vous partie ?

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (3) Trackbacks (0)
  1. Je vais réagir un peu hors sujet car je n’ai pas lu le livre mais est-ce que « Le livre sans nom » n’est pas un titre ? J’avoue que, d’un point de vue purement conceptuel, je trouve vraiment dommage que ce soit marqué en gros sur la couverture… J’aurai préféré une bonne couverture vierge. De même pour l’auteur, Anonyme est presque une signature…

  2. Je me suis fait exactement la même remarque que toi, greg, avec une pensée amusée pour les bibliothécaires et les archivistes…

    Ce qui m’amuse le plus, ce sont les fantasmes que nourrit « Anonyme » en guise d’auteur… Car un nom barrant une couverture, ce n’est pas anonyme pour la majeure partie des gens ? Le vrai nom de l’auteur aurait été « Jean Durand », et ils l’auraient inscrit sur la couverture, n’aurait-ce pas été tout autant anonyme ? Et en imaginant que l’auteur ait voulu garder l’anonymat, l’emprunt de pseudonyme est un usage répandu dans le milieu littéraire… quelle différence ? Ah oui mais non… c’est vrai… j’oublie… aujourd’hui on ne juge plus une oeuvre sur sa qualité propre et sur le plaisir qu’elle procure à celui qui la lit (comme le fait Tibo qui n’est pas l’objet de mon ire), mais sur son buzz, sa marque (ie. son auteur)… Et alimenter les fantasmes, par l’utilisation d’un énigmatique « Anonyme », une première publication gratuite sur lulu.com en pdf, pour arriver à une édition papier avant d’annoncer qu’en fait, hein ? c’est une trilogie… c’est un Buzz magistralement orchestré (jusqu’aux JT des télévisions nationales !). Marketing impeccable. Bravo… Comme le remarque Tibo en fin de chronique je pense effectivement que cet ouvrage rentrera dans les annales « pour l’habileté avec laquelle il écrit sa légende ».

    Une question pour moi demeure, l’oeuvre avait-elle besoin de cela ? Cela me fait immanquablement arquer un sourcil… D’autant plus à vrai dire qu’alors que nous parlions du phénomène autour du livre tu me disais ne pas avoir été touché par ce buzz, et au vue de ta chronique le livre ne semble pas dénué de valeur: tu as aiguisé ma curiosité et il est probable que je l’emprunte et y jette un coup d’oeil…

  3. Alors, je me permets de répondre à vos questions pour rendre à Brutus (parce que César est quand même un peu au-dessus de tout ça, :-p) ce qui est à Brutus : c’est le scan que j’ai sans honte piqué à un gros site marchand sur Internet qui fait apparaître le nom en grosses lettres grises. Dans les faits, le titre (le livre sans nom, qui apparaît aussi dans le livre, c’est une mise en abîme façon Blair Witch Project) est écrit en petit relief et caractères noirs un peu brillants sur fond noir mat. Donc pour bien le voir, il faut lui faire accrocher la lumière.

    Il en va de même pour la tranche où le ‘Anonyme’ et ‘Le livre sans nom’ sont écrits avec le même procédé. Ce qui fait qu’une fois rangé dans une bibliothèque pas super bien éclairée (la mienne, pour prendre un exemple tout à fait au hasard), le livre devient noir et sans titre apparent.

    Je réagis ensuite sur le fait que l’utilisation d’anonyme soit un buzz marketing… Oui, mais, comme tu le fais si bien remarquer, on devrait juste s’en foutre. Si les gens veulent tomber dans le piège du marketing, c’est leur problème, pas le nôtre. Et réagir par dégoût aux diverses tentatives de buzz fait partie intégrante du système. En te plaçant en opposition, tu le nourris, car ce qui compte pour le marketing n’est pas ce que tu vas dire du livre, ou de la façon dont il est commercialisé, c’est que tu en parles. De fait, de nos jours, où tout est explicité, commenté et hurlé à foison, le mépris devient une arme nettement plus incisive : ça ne te plaît pas, n’en parle pas, tu éviteras d’en faire la publicité.

    Et pour finir, j’ai vu aussi après nos discussions que la chose était appelée à devenir une trilogie. Pour être honnête, je ne suis pas sûr de lire les deux tomes suivants. Je pense que le plaisir de la lecture de celui-ci venait de cette espèce de nouveauté à reprendre les codes d’un certain cinéma de manière littéraire, ce qui est un exercice intéressant, mais tout de même limité, du moins à mes yeux. Surtout que pour garder une cohérence de style, je doute que les tomes suivants soient écrits d’autres genres. Et je ne suis pas sûr qu’il y ait vraiment matière à mettre un millier de pages supplémentaires dans cet univers. C’est un peu comme Une nuit en enfer, de Tarantino et Rodriguez, le premier reste plaisant, les deux suivant n’ont d’autre intérêt que d’avoir exploité un filon commercial.


Leave a comment

Aucun trackbacks pour l'instant