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Treme, une série de David Simon et Eric Overmyer

Posté le 16 octobre 2010

Carte postale de la Nouvelle Orléans avant 2005 : Les jolies maisons à balcons de Bourbon Street, les rues pleines de gens costumés pendant le carnaval, les musiciens de jazz, la fête et l'insouciance. Carte postale de la même ville après 2005 : les musiciens sont toujours là, mais moins nombreux, les maisons tiennent difficilement debout pour celles qui le sont encore, quelques cars de touristes qui viennent 'visiter' l'étendue des dégâts, une ville entièrement sinistrée, et un nombre inquiétant de scandales quant aux véritables causes de la destruction, aux remboursements non effectués pour cause de petites clauses ou de jeu sur les mots, etc, etc, etc. La différence entre les deux cartes postales tient essentiellement en la visite d'une touriste peu conventionnelle, une dénommée Katrina, qui aurait eu quelque peu du mal à se retenir.

Pourquoi parler de la Nouvelle Orléans et de ces événements ? Parce que Treme est un quartier de la ville. Plus exactement, c'est le quartier dans lequel, historiquement, les musiciens de jazz, noirs pour la plupart, qui ont fait la réputation musicale de la ville, vivent dorment, répètent et jouent au gré de formations qui se font et se défont aux coins des rues, dans les bars et en studio, au gré des enregistrements et des rencontres, jours après jours, soirs après soirs.

Treme, c'est aussi la nouvelle série (une fois de plus sur HBO, grande pourvoyeuse de séries de qualité de ces dernières années) de David Simon, qui nous avait déjà séduit avec The wire. Une fois de plus il s'attache ici à suivre le quotidien de nombreuses personnes, pour la plupart des musiciens, pas forcément noirs ceux-là, mais aussi des restaurateurs ou de simples habitants de ce quartier, après la destruction de la ville par l'ouragan Katrina.

Comme à son habitude, David Simon ne fait pas dans le sensationnalisme ou le cliché, préférant essayer de coller au plus près de la réalité des choses, les évoquant avec subtilité et n'ôtant rien de leur complexité. On y suivra donc des musiciens plus ou moins renommés qui tentent de survivre, ou de remonter leurs groupes, on y suivra des participants historiques du carnaval, des tenants de la tradition dans leurs rapports avec une police dont les moeurs sont assez discutables. On y verra le combat au quotidien de ces habitants du quartier et leur manière d'appréhender les événements. Bref, on y verra des gens attachés à leur ville et à son art de vivre, tenter tant bien que mal de les préserver tous deux.

Une fois de plus, à travers ce qui pourrait sembler une histoire assez ordinaire, David Simon nous montre la complexité des rapports qui régissent les hommes entre eux dans les sociétés occidentales, ou à tout le moins dans la société américaine. En se basant sur la vie d'un quartier, il montre en filigrane comment celle-ci est influencée par des décisions qui se font à des centaines, voire des milliers de kilomètres du lieu de leurs conséquences, et comment les habitants réagissent : avec humour, désespoir, remettant jour après jour l'ouvrage sur le métier. Et comme il l'avait fait avec The wire, il réussit une fois de plus le tour de force de ne pas sombrer dans la facilité, ou la débauche de voyeurisme.

Et comme il s'agit de la Nouvelle Orléans, les clichés comportant toujours une certaine part de vérité, il est aussi beaucoup question de musique dans cette série. Le jazz, qui est même au coeur de celle-ci, tellement important pour la ville qu'il accompagne même les enterrements. On croisera donc au fil des épisodes des musiciens reconnus, dont certains originaires de la ville. Pour n'en citer que quelques-uns pèle-mêle qui ont prêté un peu de leur talent, vous y verrez Elvis Costello, Dr John ou encore Tom McDermott. Une excellente série en 10 épisodes d'un des créateurs du moment qui donne ses lettres de noblesse à la télévision (qui en a bien besoin, soit dit en passant). A noter qu'il semblerait qu'HBO ait décidé de produire de nouvelles saisons de cette série au vu du succès de ces 10 épisodes. Espérons que la qualité n'en pâtira point.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (4) Trackbacks (0)
  1. Une question (sincère) me vient à l’esprit quand je lis « qui donne ses lettres de noblesse à la télévision (qui en a bien besoin, soit dit en passant) » ça passe à la télévision française toutes ces séries HBO dont tu parles ?

  2. Haha, tu as de l’humour toi… Non, certaines passent sur Canal + (The Wire, je crois, the Pacific, pour sûr), orange machin chose, une chaîne accessible uniquement sur les box de la boîte du même nom a diffusé de manière confidentielle Breaking Bad (même si c’est une série ABC, c’est bien quand même). Arte s’occupe de les rediffuser en ce moment même.

    Non, malheureusement, en France, c’est plutôt le culte de Plus Belle la Vie, à savoir histoire arcs narratifs sans queue ni tête et à rallonge, mauvais éclairages, mauvais acteurs (à leur décharge, 5 épisodes par semaine contre un seul dans le même délai pour les grands networks américains, ça laisse peu de place aux répétitions) et réalisation plus que fadasse…

    Non, une fois de plus, pour avoir accès aux séries de qualité en France, mis à part quelques exceptions, quand on a pas accès aux chaines à abonnement, il faut passer par d’autres moyens que ceux pour lesquelles elles ont été créées à l’origine. Les DVDs, par exemple ;-). D’où le « qui en a bien besoin, soit dit en passant ».

  3. Héhé ok. Mais je te rassure, la télévision française n’a rien à envier à la télévision nord-américaine. J’ai assez peu été confronté à cette dernière mais à chaque fois il m’a semblé devoir faire preuve d’une patience incroyable pour apercevoir quelques minutes de programme au milieu des montagnes de publicités…

    Et btw, ces séries HBO ont-elles aussi des coupures spécialement prévues pour les spots publicitaires comme c’est par exemple le cas de Simpsons ou de Futurama (ah oui, j’ai une grande culture des séries moi ;)) ?

  4. Si il y en a, je dois dire qu’elles n’apparaissent absolument pas dans les versions DVD que j’ai pu visionner. Pas de grand fondu au noir ou quoique ce soit… Peut-être dans certaines quand elles sont financées par des chaînes gratuites, en l’occurrence les Simpsons.

    Après HBO étant une chaîne payante, je pense que leurs nécessité de faire de la pub n’est pas aussi grande que les autre, donc il est tout à fait possible qu’il n’y ait aucune pub pendant la diffusion.

    Il est vrai que lors de mes voyages aux Etats-Unis et au Canada, j’ai constaté ce problème aussi, des 10 minutes de pubs, toutes les 5 minutes de film…


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