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Kaboom de Gregg Araki

Posté le 1 novembre 2010

Smith est un jeune étudiant qui découvre la vie sur les campus universitaires américains. Il traine avec son amie d'enfance Stella étudiante en arts et aux répliques cyniques et assassines, une sorte de Daria 2.0. Il fantasme sur son colocataire, Thor, archétype du surfeur californien grand, musclé, décoloré et totalement décérébré. Une nuit, lors d'une fête où Stella le traîne il ingère par erreur un space cake et tout bascule. London, une inconnue qu'il rencontre dans les toilettes, l'entraîne chez elle, sans qu'il comprenne très bien ce qui lui arrive, pour un plan sexe. L'affaire bouclée, elle le met à la porte. Rentrant chez lui, Smith, toujours outre espace, assiste à l'assassinat par des hommes masqués de têtes d'animaux, de la jeune femme rousse qui hantait ses rêves depuis de longues semaines. Lorsqu'il se réveille au petit matin, couché dans l'herbe, aucune trace de sang ou de combat. Juste une clé USB ne lui appartenant pas dans la poche. Cherchant la vérité, sa vie va inexorablement changer, et le film s'enfoncer dans un délire inextricable...

Car très vite, le film ne laisse plus une seconde de répit au spectateur qui va se laisser porter dans un questionnement perpétuel: "WTF ?", pour son plus grand plaisir.

Le premier thème de Kaboom est la sexualité, et sur les trois premiers quarts du film c'est un véritable festival: Stella, lesbienne, sort avec Lorelei, une magnifique brune aux allures vampiriques dotée de pouvoirs surnaturels. Smith, bi, enchaîne quant à lui les plans sexes à l'avenant, se laissant porter par ses inspirations. London, véritable nymphomane saute à peu près tout ce qui bouge, et utilise Smith pour se faire un fix entre deux cours. Les protagonistes, découvrent leur sexualité et expérimentent... Relations straight, gay, triolisme... tout y passe et est prétexte à des scènes et à des répliques incongrues et franchement drôles.

Au niveau de l'intrigue, on se laisse porter par un fil conducteur vaguement décousu: qui a assassiné la belle rousse du délire narcotique du héros ? Qui sont les hommes aux masques animaliers ? Finalement assez secondaire et digne d'une série B, l'intrigue est peu présente: juste ce qu'il faut pour ne pas faire sombrer le film dans un patchwork de scènes servant de prétextes au service des punch lines percutantes et très régulièrement amusantes. À vrai dire c'est dans le dernier quart du film que l'intrigue reprend la main. Et comme pour la dépravation des personnages, on progresse dans le grand n'importe quoi par paliers à mesure que les tenants et aboutissants se déroulent. Pour vous donner les grandes lignes, sans spoiler: les héros qui jusque lors vivent leurs sauteries d'étudiants peinards se retrouvent en fait au coeur d'un complot planétaire (wtf ?) ourdi par une secte maléfique et apocalyptique (WTF ?) et il leur échoie d'empêcher la fin du monde (mais WTF ?!). Ce scénario complètement crétin on l'a vu, revu et rerevu tellement de fois qu'on aurait envie de jeter des tomates sur l'écran. Mais là, il arrive de façon tellement inattendue étant donnée l'exposition (rappelez vous, des étudiants qui expérimentent leur sexualité, parfois sous l'emprise de stupéfiants, parfois avec des inconnus, certaines avec des partenaires dotées de pouvoir paranormaux, etc.), plus cet empilement progressif d'absurde ("non... il vont pas nous faire le coup de la secte qui va détruire le monde... ah bah si"), tellement cohérent avec le reste des absurdités du film qu'au final... on est franchement mort de rire. Toutes les ficelles seront dénouées, et l'action ira crescendo pour finir dans en un dernier plan orgasmique.

Rien de particulier à dire sur la réalisation, c'est vif, c'est coloré... bref techniquement tout est très bien ficelé. Les performances des acteurs sont quant à elles tout juste brillantes. Dans les rôles principaux, Thomas Dekker (Smith), Haley Bennett (Stella) et Juno Temple (London) sont d'une justesse parfaite. Les rôles secondaires sont eux aussi particulièrement bien joués: c'est un sans faute sur le casting.
Au niveau des dialogues, je l'ai déjà évoqué, c'est drôle, voire franchement drôle. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu une comédie au cinéma, je reste méfiant, voire très méfiant, sur ce type de film. Mais là, très clairement j'ai souri quasiment tout du long, et ri à plusieurs reprises. Détail amusant, ça parle de sexe, vous l'aurez compris, et en projection publique il est très amusant de voire certaines blagues vous laisser perplexe et entendre une flopée de rires féminins à gorge déployée...

Cette anecdote est sans doute la marque d'un traitement du sujet de la sexualité, et plus particulièrement de l'homosexualité et de la bisexualité, réalisé avec une très grande justesse. Il y a dans ce film une absence de jugement moral tout à fait rafraichissante. Oui les personnages sont quasiment tous de véritables nymphomanes, qui enchaînent les aventures au gré de leurs expérimentations. "Et alors ?" semble nous demander le réalisateur. Bah pas grand chose... Il est dès lors assez peu surprenant que ce film ait reçu la première Queer Palm au festival de Cannes cette année, prix visant à récompenser un film pour sa contribution aux questions lesbiennes, gays, bi ou trans.

Pour finir, Kaboom est un film qui ne se prend pas au sérieux et reste à prendre au second degré tout du long, la fin ne laisse d'ailleurs aucun doute à ce sujet. C'est sans doute pour cela qu'il est aussi jouissif ! Vivement recommandé.

Posté par matteo

Contributeur de magm3 depuis le début (ou presque), en particulier sur les aspects techniques. Je suis particulièrement intéressé par la littérature fantastique (classique et contemporaine), le cinéma d'art et d'essai, la musique électronique (balayant large du breakbeat aux productions expérimentales type Raster Noton). Actuellement ingénieur en informatique.
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