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La ligue des gentlemen extraordinaires, de Alan Moore et Kevin O’Neill

Posté le 6 novembre 2010

La récente lecture du très bon Steampunk d'Etienne Barillier m'a donné envie de me replonger dans certaines des références qu'il cite. Parmi celle-ci, La ligue des gentlemen extraordinaires, une oeuvre bien connue des amateurs de comic books et autres romans graphiques à l'anglo-saxonne, tant du fait de son scénariste, Alan Moore, que de sa qualité intrinsèque, proche de l'excellence.

Petit rappel à ceux qui ne connaitraient pas Alan Moore : c'est l'un des scénaristes anglais de BD les plus connus, notamment grâce à de nombreuses publications dans les années 1980 tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Si sa réflexion tourne souvent autour des super-héros, ceux-ci l'intéressent surtout en tant que surhommes, des hommes et des femmes aux capacités extraordinaires, mais néanmoins accablés des mêmes imperfections que les autres. Ce rappel est important concernant le présent ouvrage, tant les protagonistes de la ligue sont tout de même assez loin, de part leurs caractères, du modèle habituel des héros.

Car ce qui fait la grande richesse de La ligue des Gentlemen Extraordinaires, c'est avant tout sa très grande intertextualité avec des oeuvres toutes entrées dans la culture collective de par leur importance : le mythe des vampires, Sherlock Holmes, La guerre des Monde, 20 000 lieues sous les mers, Dr Jeckyll et Mister Hyde ou l'Homme invisible, sans parler des services secrets de sa majesté et de Fu-Manchu. J'en passe beaucoup mais tous se retrouvent d'une manière ou d'une autre dans ce scénario extrêmement riche et pourtant très limpide du fait de sa narration.

Ainsi, commanditée par un certain M. Bond, des services secrets de sa Majesté, Miss Wilhelmina Murray se voit affectée à la mission de réunir Allan Quatermain, l'Homme invisible, le Capitaine Némo, le docteur Jeckyll et son alter ego Mister Hyde, pour contrer les plans de génies criminels gangrénant la Londres de l'empire Victorien. Au gré de moults rebondissements, l'affaire entrera au sein d uvolume deux dans la guerre des mondes, et le docteur Morreau sera également mis à contribution. Mais la fine équipe est loin d'être aussi sympathique qu'elle en à l'air. Narcissiques, ultra violents, mysogines, drogués et sociopathes sont les termes qui les décrivent le mieux. Et ce sont les aventures de cette baroque équipe que l'on suit.

L'histoire, digne des meilleures romans populaires et respectant les oeuvres auxquelles elle emprunte, est pleine d'humour et de références. Ces deux derniers points sont servis à merveille par le travail graphique de Kevin O'Neill, qui remplit ses cases de petits débordements, détails amusants ou références subtiles, tout en n'oubliant pas de leur donner la nécessaire mise en scène pour en faire une aventure aussi extraordinaire que le titre veut bien le laisser supposer. Certains trouveront peut-être, en revanche, que le dessin est quelque peu statique, mais c'est là l'école américaine du roman graphique, et je n'en ai pas, personnellement, été plus gêné que cela. Le scénario ne souffre aucun temps mort, Moore étant parfaitement maître du rythme de son histoire, les pages défilent comme si de rien n'était, tant le lecteur est emporté dans cette impressionnante fresque graphique et littéraire.

Permettez-moi de conclure cet élogieux article en signalant très vite qu'une adaptation de l'oeuvre fût réalisée par Hollywood. Comme toutes celles du travail d'Alan Moore, celle-ci n'échappe pas à la règle de la médiocrité. Les personnages sont changés, l'intertextualité, clé de voûte de la bande dessinée, est réduite à sa plus simple expression, les personnages ne deviennent plus que des vaisseaux creux prétexte à des scènes d'actions aussi affligeantes qu'inintéressantes.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
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  1. Pour compléter ton article, je signalerai qu’on avait déjà parlé de Moore (en bien) et de ses adaptations cinématographiques (en mal), à propos de « V pour Vendetta » ici : http://www.magm3.com/2009/10/06/v-pour-vendetta/

  2. Effectivement. Et je rebondirai sur ta remarque en signalant que Moore a toujours demandé le retrait de son nom des adaptations cinématographiques de son oeuvre, cela non pas par narcissisme, mais bien parce que toutes, sans exceptions à ma connaissance, sont incapables de retranscrire la richesse scénaristique dont il fait preuve.

    En effet, comme tu le signale dans ton article, les scenarii de Moore, s’ils ont toujours une base simple et très formelle, se distinguent de par la richesse et l’intelligence du traitement, notamment des personnages. Une dimension très importante de son travail que le cinéma, du moins celui à grand spectacle, semble incapable de reproduire.


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