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Kramer contre Kramer, de Didier Caron et Stéphane Boutet

Posté le 21 novembre 2010

Kramer contre KramerKramer contre Kramer, titre du roman d'Avery Corman publié en 1977, nous fait surtout penser à son adaptation au cinéma par Robert Benton en 1979. Même ceux qui n'étaient pas nés au moment de la sortie du film ont pu le voir lors de ses multiples rediffusions, et associent Ted et Joanna Kramer à Dustin Hoffman et Meryl Streep.

L'histoire d'Avery Corman raconte la vie d'un couple, Ted et Joanna Kramer, et de leur fils, Billy. Avec Billy, la maternité est entrée dans la vie quotidienne de ce couple pour le bouleverser. Joanna, après six ans en tant que mère, finit par abandonner à la fois son mari, publicitaire accompli, et son fils, car elle ne supporte plus cette vie consacrée exclusivement à la maternité. Elle représente les femmes qui, dans les années 70, cherchent à s'émanciper de leur rôle de mère, et donc de leur foyer. Dans ce contexte où l'on parlait surtout de la difficulté d'être une femme, Avery Corman exprime à travers Ted le point de vue d'un homme, la douleur qu'il traverse pour devenir pleinement père. Il est inhabituel de voir une femme abandonner son enfant, mais aussi de voir un père se battre pour la garde de son fils.

Dans un décor ingénieux et modulaire formé par deux K, on assiste en accéléré à la rencontre de Ted et Joanna, la naissance de leur fils, leur vie quotidienne de femme au foyer et de publicitaire jusqu'au jour où tout bascule. Ted (Frédéric Diefenthal), sans être macho, est convaincu qu'un enfant a besoin de sa mère à plein temps. Il n'entend pas les alertes de Joanna (Gwendoline Hamon) qui brûle de son besoin d'exister. Pour Ted, laisser sa femme travailler serait même une perte financière, ils n'en ont pas les moyens. Jusqu'au jour où Joanna, fragile et déchirée entre la culpabilité et le besoin de vivre sa vie, prend la décision violente et sans recours possible de tout quitter, son foyer, son mari et surtout son fils. Rapidement Ted réalise qu'elle est bien partie. Il change alors de vie, et accepte son rôle de père célibataire, avec ses joies et ses douleurs. Frédéric Diefenthal donne vie à Ted, il est plus que crédible et on s'amuse à le voir découvrir la préparation nécessaire de Billy pour aller à l'école ou à se confronter naïvement à l'incrédulité de son boss, Jim (Roland Marchisio), qui ne voit pas comment il pourra se débrouiller seul pour élever son fils et continuer à être un publicitaire brillant. La construction de la relation père-fils est l'occasion de nombreuses scènes drôles qui permettent de sécher les larmes tirées par les moments poignants. Du rire aux larmes et des larmes aux rires, on est déchirés lorsque Ted et Joanna Kramer s'affrontent, sans haine et sans manichéisme, devant la justice pour obtenir la garde de Billy. Gwendoline Hamon et Frédéric Diefenthal réussissent à incarner pleinement Joanna et Ted Kramer jusqu'à nous faire oublier Meryl Streep et Dustin Hoffman. Chacun des quatre acteurs qui se relaient pour jouer Billy (joué par Justin Henry dans le film) doivent apporter leur touche personnelle à ce rôle mais je ne peux parler que de celle de Nicolas Rompteaux que j'ai trouvé sincère et touchante. La légèreté est principalement apportée par les rôles secondaires qui apportent avec leur talent l'humour : André Penvern (maître d'hôtel d'une autre époque, l'avocat humain et concerné de Ted...), Roland Marchisio (viril Jim et moins viril responsable de la publicité...), et Maud Le Guénédal (irrésistible voisine et amie du couple, et hilarante dans le rôle de l'assistante de Jim).

Mettre en scène et adapter cette histoire au théâtre pour la première fois est le défi relevé et réussi merveilleusement par Didier Caron et Stéphane Boutet. Mais dépêchez-vous, vous n'avez que jusqu'au 4 décembre pour aller les applaudir! Cette pièce est poignante sans être larmoyante (même si les mouchoirs sont fortement recommandés pour les madeleines), on rit beaucoup, et surtout, il est difficile de quitter cette salle dans laquelle on a vu les personnages prendre vie. Désormais, j'associe Gwendoline Hamon et Frédéric Diefenthal à l'image de Joanna et Ted Kramer. L'histoire et les questions qu'elle fait naître restent actuelles même si certaines données ont changé. Il est encore souvent difficile de trouver sa place et son rôle de père/homme ou de mère/femme. Les possibilités se sont multipliées, et les situations complexifiées. Ce qui est sur c'est que le combat mené par des hommes comme Avery Corman à travers Ted Kramer a abouti à un système de garde plus équitable pour tous, et à considérer que le lien paternel peut être au moins aussi fort que le lien maternel, même s'il reste encore un long chemin à parcourir pour simplifier la gestion du quotidien et combattre les stéréotypes sociaux.

Théâtre des Bouffes Parisiens
4 Rue Monsigny 75002 Paris. 01 42 96 92 42
Avec: Gwendoline Hamon, Frédéric Diefenthal, André Penvern, Maud Le Guénédal, Roland Marchisio et en alternance dans le rôle de Billy : Nicolas Rompteaux, Romann Berux, Antoine de Prekel, Raphaël Caduc
À partir du 10 septembre 2010 jusqu'au 4 décembre 2010

Posté par gail

Seule fille... pour l'instant... J'aime le théâtre, l'opéra, les ballets, la littérature, la philosophie et question musique, tout ce qui s'apparente à du "rock", avec des guitares et des instruments quoi!
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