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Les couilles de Dieu, de Didier Pourquié

Posté le 15 janvier 2011

Au lecteur interloqué par le titre de l'ouvrage, je répondrai comme le libraire devant mon propre air dubitatif : le sujet n'est ni la couille, bien qu'il y en ait, ni Dieu, bien que là encore, il y en ait aussi. Le lecteur taquin rétorquera que pourtant, le mélange des deux est une recette indémodable de succès, ce qui explique probablement le choix du titre. Mais comme nous ne choisissons pas, sur ce blog, les oeuvres en fonction de leur chiffre de ventes, qu'importe au final si sexe et théologie ne se vautrent pas dans le stupre romancier, l'histoire est bonne, c'est tout ce qui importe.

L'histoire, donc. Samuel Novolo est destiné à devenir quelqu'un d'important. Il a mené une vie ascète et studieuse, ce qui lui a permis d'obtenir les diplômes lui ouvrant les portes des plus dignes et hautes fonctions. Et quand un jour de sa vingt-neuvième année il décide de devenir passe-murailles, ses parents, sages d'une pleine ignorance, pensent qu'il sait le choix qu'il fait. C'est pour cela que deux ans environ après son choix, soit au tout début du roman, il disparaîtra après une chute du quatrième étage. Ca tombe bien (oui, je suis ignoble), Samuel Novolo est un personnage tellement important qu'il n'est pas vraiment le héros du roman. En fait, on parle très peu de lui dans le livre.

Son frère, Floran, en revanche, n'est personne. Petite vie moyenne sans envergure ni ambition, il est reprographe dans une grande entreprise, comprenez assigné à la photocopieuse, bref, c'est un monsieur tout-le-monde comme il en court les rues. C'est lui, le héros du roman. Car lorsqu'il ouvre une lettre dont il ignore si elle lui est adressée, Floran s'imagine être à l'article de la mort, ce qui lui fait du même coup découvrir la hardiesse. De cette hardiesse découlera le sentiment du devoir, en l'occurrence celui de retrouver son frère disparu suite à la chute mentionnée plus haut. Il sera en cette quête accompagné de celui qui lui valut son licenciement, l'ingénieux stoïque et scrupuleusement cartésien Karl Katz.

Les deux larrons s'en vont donc au gré du vent suivre des aventures autour du monde pour retrouver le frère disparu. Tel des héros bien connu de Jules Verne qui firent le tour du globe en 80 jours, leur chemin sera bien entendu parsemé d'embûches, au compte desquelles pirates, marins joueurs d'osselets aux velléités amputatoires, religieux atypiques, journalistes crédules et clichés. Car si Floran Novolo est une page vide, celle-ci se remplit au fur et à mesure des pages du livre. Il se laisse entièrement porter par les événements, devient d'un romantisme exacerbé, tout en continuant à croire sa fin prochaine. Et finalement, au fur et à mesure de ses actes et paroles, il devient plus un héros qu'on ne l'imagine... Bien qu'il ait aussi beaucoup de chance, et que l'ingénieux Karl Katz les sorte tous les deux de situations délicates avec un certain panache. Samuel aussi devient quelqu'un, mais ça, vous le découvrirez en lisant le livre. C'est une haute fonction, donc le romancier nous en informe en deux lignes. Après tout, ce n'est pas lui le héros (Samuel, pas le romancier).

Armé d'un style à toute épreuve, d'un humour décapant et d'un certain penchant pour les circonvolutions assez extrêmes, Didier Pourquié réussi finalement, à travers son héros assez transparent, à nous interroger sur la nature humaine. Il pose des pistes de réflexion, qu'il camoufle sous une couche de burlesque et qui pourtant interpellent. Et il ne le fait pas que sur les GRANDS sujets (Note de moi : il faut dire les majuscules avec une emphase indiquant un certain dédain), comme la vie, la mort, mais également sur la perception que nous avons des choses, sur la manière dont les clichés sociaux travestissent la réalité, sur la joie de l'apprentissage et les mille et une manières de découvrir le monde qui nous entoure, sur les mille et une manière de le voir et de le comprendre. Et tout cela, généralement, sans porter de jugement, bien que l'on sente bien qu'une certaine vision romantique des choses ait sa préférence. Ce à quoi le lecteur taquin, encore lui, répondra que c'est assez normal pour un romancier.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
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