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James Blake, de James Blake

Posté le 8 février 2011

Il y a à peine deux mois de ça, James Blake faisait son apparition dans nos colonnes. Nous avions en effet été subjugués par ce talentueux artiste atypique qui, bien qu'officiellement issu de la scène dubstep, développe une musique personnelle et sensible, aux frontières de l'electronica voire du crooning. C'est donc une impatience certaine que nous attendions son premier album, sorti sur Atlas Records ce lundi 7 février 2011.

James Blake nous avait déjà habitué à jouer dans des catégories bien distinctes entre ses sorties profondément dubstep sur Hemlock, ses titres plus electronica sur R&S et enfin ce single qui fit figure d'OVNI : Limit To Your Love, sorti Atlas il y a quelques semaines. En voyant ce premier album de l'artiste sortir sur le même label que ce dernier EP, la couleur est donc d'emblée annoncée, c'est cette veine vocale que l'artiste va maintenant explorer.

James Blake est ainsi un album résolument centré sur la voix. Cependant, contrairement à ce que le premier single laissait entendre, ce n'est pas tant le chant à proprement parler que James Blake a mis l'accent, mais plutôt sur ce qu'il arrive à en extraire par son traitement. Et là où on aurait pu craindre une musique sucrée, James Blake a su rester fidèle à lui-même en nous livrant un album où minimalisme rime avec complexité.

L'une des caractéristiques de cet album est de parvenir à se situer totalement hors du temps. Tout d'abord car ses sonorités uniques ne s'intègrent dans aucun mouvement particulier. Mais aussi et surtout car il se trouve à cheval sur le passé et le présent comme peu d'artistes --The Caretaker mis à part -- parviennent à le faire. Le passé d'une part, représenté par ces ambiances profondément héritées du crooning afro-américain du début du XXème siècle. Le présent (voire l'avenir) d'autre part, dans la manière d'harmoniser ces ambiances du passé avec des compositions électroniques complexes aux sonorités pointues.

Encore une fois, les maître-mots de l'album sont "mélancolie" et "dissonance", même si cette dernière caractéristique est beaucoup plus contenue que dans ses précédents singles. Les plus puristes regretteront, probablement à raison, que l'artiste se soit situé un peu plus en retrait en offrant des compositions plus accessibles que ses précédentes sorties. Cependant, il subsiste une belle subtilité et une bonne profondeur dans cette sortie atypique.

En nous prenant à contrepied avec cet album étonnant, James Blake, comme Matthew Herbert ou Gonzales l'avaient fait avant lui, préfère s'afficher comme un virtuose de la musique électronique plutôt que comme le fer de lance d'une unique scène. Gageons que ce premier album, accessible au plus large public, saura faire de lui l'artiste reconnu qu'il mérite de devenir. Et espérons que cela n'altèrera pas ce bel univers qui est le sien.

James Blake:

http://www.myspace.com/gonzpiration

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. Quand on disait que l’artiste sortirait rapidement de l’underground, le voici au printemps de Bourges : http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/04/24/james-blake-agnes-obel-et-timber-timbre-ou-l-eloge-du-depouillement_1512277_3246.html


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