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True Grit, des frères Coen

Posté le 3 avril 2011

L’histoire commence par une mort, superbement mise en photographie, racontée par une jeune fille de 14 ans. C’est son père que l’on voit étendu sur le sol, et c’est l’histoire de sa vengeance que nous allons suivre tout au long des deux heures de ce nouvel opus des frères Coen.

La fille narratrice et héroïne nous est présentée immédiatement comme jeune, mais ayant déjà l’esprit résolu et la langue bien affutée. Elle n’hésite pas à en remontrer aux adultes qui n’auront de cesse de la dissuader de les suivre, lui diront de rentrer chez elle. Mais sa persévérance paye, et malgré les petits coups bas, la voila du voyage avec un Marshall alcoolique, la cinquantaine bien sonnée, campé par un Jeff Bridges au sommet de sa forme d’acteur, et un Matt Damon en Texas Ranger Le Bœuf, qui réussit à faire de son personnage à la fois une sorte de plouc clownesque du Texas, mais également un homme dont l’attitude montre qu’il peut être dangereux de le considérer comme un simple péquenot.

Si l’humour des frères Coen, parfois un peu absurde, se nichant dans des dialogues superbement écrits est toujours présent, il laisse aussi, dans cette aventure épique, la place au drame, mais surtout à la violence. Car la jeunette a beau avoir l’esprit affuté, la parole des armes, dans le Grand Ouest sauvage, reste celle qui donne le dernier mot. En ce sens Hailee Steinfeld prouve qu’elle a une carrière prometteuse devant elle, montrant l’assurance de la gamine mais aussi la peur qu’elle éprouve entre ces deux hommes, comprenant au fur et à mesure des situations que le moindre faux pas peut signifier la mort, et qu’elle doit être prête à donner cette dernière pour éviter de la recevoir elle-même. Si son assurance pouvait paraître toute verbale de prime abord, ses actes prouveront vite que la maturité n’attend pas l’âge.

Nonobstant se développe entre les trois traqueurs à la recherche du meurtrier une relation basée sur le respect, et sur une certaine confiance. Tous sauront être sérieux et vifs lorsque les circonstances l’exigeront, et tous auront la preuve que ceux qui atteignent un âge respectable en vivant par les armes sont avant tout des hommes dangereux. Quant à la justice, dans les grandes étendues sauvages, elle reste surtout une affaire de jugement personnel, et de manières. Seuls les plus capables survivront, et comme au poker, ceux qui tentent un peu trop la chance risquent d’en payer très cher le prix.

Il n’est véritablement qu’un seul regret qui puisse venir à l’esprit : les frères Coen restent des réalisateurs marqués par Hollywood, et ont en ce sens un peu tendance à parfois déborder. Ce ne sont pas les quelques scènes absurdes et drôles qui sont mises en question ici, celles-ci sont superbement intégrées à l’histoire et servent bien le développement de la relation, mais plutôt certaines scènes se voulant « épiques » (note, lecteur, l’utilisation de guillemets), soutenues par une musique par trop symphonique pour être honnête : les grandes cordes rendent plus épique encore, mais la technique est tout de même une grosse ficelle usée par trop d’utilisations. C’est surtout la qualité d’écriture des Coen, et encore une fois leur humour si particulier qui permet de désamorcer la chose.

Autant grande aventure de l’Ouest sauvage, Western classique qu’histoire d’apprentissage et d’amitié, le dernier film en date des frères Coen est une réussite qui ne prend certes pas de risques, mais qui reste plus que satisfaisante à tous les niveaux. On signalera tout de même qu’il s’agît là d’un remake d’un film de 1969, qui permit à John Wayne de gagner un Oscar. N’ayant pas vu l’original, je ne peux me prononcer sur la qualité de la réécriture, mais il serait tout de même dommage de se priver d’une bonne séance pour si peu.

MAJ: une interview des auteurs m'apprend qu'eux non plus n'ont pas vu le film depuis leur prime jeunesse et se sont basés sur le livre pour écrire leur scénario.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (3) Trackbacks (0)
  1. Si le film m’a fait passer un bon moment, je dois bien avouer qu’il m’a quelque peu laissé sur ma faim, surtout quand on sait ce dont quoi sont capables les deux frères.

    Comme tu l’as souligné, le film souffre de quelques scènes franchement médiocres et, mis à part de bonnes gueules et de bons dialogues, on reste quand même dans un film éminemment simpliste.

    Quant au fait que les frères cinéphiles n’aient pas revu le film de John Wayne alors qu’ils préparaient une adaptation eux-mêmes, j’ai tout de même du mal à le croire…

  2. Ce dont sont capables les deux frères ? Ne voulais-tu pas plutôt écrire ce dont ÉTAIENT capables les deux frères ? Cela fait quelques films qui me déçoivent, et j’avoue en avoir même sauté quelques uns. Je suis allé voir True Grit, sans grande conviction, et cela a enfoncé le clou, voir a mis le dernier clou au cercueil.

    Je me suis ennuyé, le scénario m’a paru pauvre, le reste ne m’a pas fait du tout accrocher. J’ai eu l’impression de regarder un blockbuster, et je n’ai pas trouvé, comme toi tibo, des éléments pour désamorcer la chose.

    Bref, True Grit signe de mon côté, non un divorce car il n’y eu jamais de mariage, mais la fin de ma « relation » si vous me permettez l’expression, avec les deux réalisateurs.

  3. Il y a toujours eu des hauts et des bas chez les Coen mais je ne leur jetterai pas la pierre comme matteo, ce serait oublier que peu avant True Grit ils ont fait No Country for Old Men ou A Serious Man, qui sont tout deux de très bonne facture.

    Il me semble plutôt que les frères sont devenus des sortes de Woody Allen, ultra-productifs et donc nécessairement très inégaux.


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