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Route Irish, de Ken Loach

Posté le 4 avril 2011

Ils sont deux amis d'enfance que rien ne peut séparer. Entre Fergus et Franckie c'est à la vie, à la mort. Et puis les deux veulent voir du pays, vivre de grandes aventures. C'est probablement ce qui les a conduits à s'engager dans l'armée, ce qui a poussé Fergus à rejoindre une "équipe de sécurité" (le terme politiquement correct pour des gens qui sont difficilement plus que des mercenaires chargés de protection dans des pays en guerre). Et Fergus de convaincre Franckie... Le film s'ouvre sur ces souvenirs de Fergus alors qu'il se rend à l'enterrement de son meilleur ami, tué sur la Route Irish, la route qui relie Bagdad à son aéroport, décrite comme la route la plus dangereuse de la planète.

L'une des étapes du processus de deuil est le rejet. Celle-ci, chez l'ancien SAS qu'est Fergus, va se faire au détriment de l'explication officielle, à laquelle il ne croit pas. Il est impossible que son meilleur ami se soit trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Fergus commence donc son enquête sur ce qui s'est réellement passé. Que les puristes ne s'inquiètent pas, Ken Loach reste fidèle à son créneau, collant au plus près à la réalité, se servant de cette trame scénaristique basée sur le thriller pour effectuer une dénonciation en règle des nouvelles méthodes utilisées par l'occident pour mener ses guerres. Ainsi les moyens de Fergus ne sont pas ceux d'un agent secret redouté, façon Jason Bourne, mais plutôt les téléphones portables, les contacts, les amis, et un ordinateur tout bête.

Et au fur et à mesure que la vérité se dévoile au grand jour, l'histoire de Fergus apparaît par petites touches sur le fond de la privatisation guerrière. Ses méthodes deviennent aussi controversées que celles qu'il a vu utilisées en Irak, avec les mêmes résultats. Le cynisme de ses anciens employeurs se dévoile au grand jour, notamment dans cette scène ou son ancien patron lui explique que le futur des agences de sécurité est de proposer des "packs de reconstruction de pays clé en main".

Loin de tomber dans le manichéisme, Loach ne rejette pas entièrement la faute sur les sociétés privées. Comme à son habitude, il montre une réalité compliquée où chacun tente de survivre comme il le peut, encore plus dans les situations extrêmes que sont les guerres. Fergus et Franckie, mais aussi leurs familles et leurs proches sont affectés par leur comportement, ce qu'ils ont vécu les a irrémédiablement transformés, et leurs choix ne sont pas toujours les bons.

Route Irish se révèle donc comme un excellent thriller, très proche de la réalité, doublé de l'habituelle dénonciation sociale qui est devenue la marque de fabrique de Ken Loach. Une dénonciation qui ne sombre jamais dans le populisme ou la facilité, mais qui cherche plutôt à nous montrer comment un ensemble d'événements nous conduit sur une certaine route, tout en laissant ouverte la porte d'un possible espoir. Ce sont nos actes qui nous définissent, qui au final font de nous ce que nous sommes. Et bien que les événements que nous vivions puissent nous apparaître comme des contraintes insurmontables, ce sont en définitive toujours aux conséquences de nos décisions que nous devons faire face, qui que nous soyons.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
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