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Breaking Bad – Saison 2 et 3

Posté le 17 avril 2011

Commençons par la prévention d'usage : si vous n'avez pas vu la première saison et que vous comptez la voir, cessez tout de suite de lire ces lignes, la suite révélant la fin de la première saison. Si vous êtes encore en train de lire à ce stade, prenez vos responsabilités. Et si vous n'avez commencé à lire qu'après, c'est à dire que vous n'avez même pas fait l'effort d'attaquer le texte par son début désigné, je ne peux rien pour vous, et d'une certaine manière, j'exulte un peu, ha !

Ceci étant dit, revenons-en à nos moutons. Petit rappel des faits : Walter White est un brillant chimiste coincé dans un poste d'enseignant de lycée sans avenir, atteint d'un cancer, obligé de cumuler deux emplois pour pouvoir subvenir à ses besoins et surtout à ceux de sa femme enceinte et de son fils, handicapé. Sa rencontre avec un de ses anciens élèves, Jesse Pinkman, va complètement changer la donne, les deux décidant de s'associer dans une activité hautement lucrative, le trafic de méthamphétamines.

La première saison établissait donc cette trame en guise d'univers. Si vous désirez en savoir plus, je vous invite à consulter l'article que nous y avions consacré ou à vous balader sur d'autres sites qui en parlent. Au début de la deuxième saison, les relations avec Tuco semblent un peu moins violentes que là où on les avait laissées. Mais ce n'est là que le début de l'histoire, Tuco n'étant finalement qu'un prétexte permettant au scénariste de développer nettement plus ce qui importe dans la série : ses personnages principaux.

Ainsi de Hank, le beau-frère très beauf de Walter, et accessoirement agent de la DEA. Dans la première saison, il occupait essentiellement le rôle de clown de service, faisant le fier à bras, mais incapable de voir que son propre beau-frère est le chimiste d'un réseau. Mais au cours des deux saisons, on en découvre un peu plus sur son véritable caractère, et sur ses motivations à rester à Albuquerque.

Ainsi de Walter, qui, fait très rare pour une série américaine, va perdre sa caution morale. En effet, le cancer, et une fin très proche étaient les raisons qui devaient le rendre quelque peu plus sympathique, excusant son trafic de drogue. Mais grâce à ce rebondissement scénaristique, les auteurs de la série peuvent développer leur personnage de manière nettement moins manichéenne. Se croyant condamné, Walter a goûté au fruit défendu, et se révèle plus intéressé par l'argent que par la chimie, bien qu'il tienne absolument à la qualité du produit qu'il fabrique. De plus, l'évolution de l'histoire lui fournira une autre caution morale, nettement plus ambigüe, et qui ne cache plus une partie de sa vraie personnalité, de son attrait pour le billet vert.

Jesse, quant à lui, doit aussi affronter les affres d'horreur qu'il s'est préparé en montant de toute pièce une attitude "street". Car voir l'attitude et les mots est une chose, mais encore faut-il pouvoir passer aux actes lorsque cela devient nécessaire, et lorsque l'on considère que lesdits actes impliquent généralement le meurtre et la violence, tout le monde n'en est pas capable. Mais tout comme Walter évolue et doit faire face à sa part d'ombre, Jesse devra faire face à la sienne Et du fait de ses choix, Jesse devra y faire face d'une terrible manière.

Bien entendu, les relations qu'entretiennent Jesse et Walter deviennent de plus en plus troubles, ne sont plus forcément celles père-fils que l'on pouvait voir dans la première saison, mais sont plutôt désormais celles de deux individus adultes devant faire des choix, mais surtout devant être solidaires l'un avec l'autre pour pouvoir survivre. Ceci entrainera Walter dans une rationalisation extrême de ses actes, par-delà toute forme de morale. Il ne jure plus qu'en termes économiques et non philosophiques ou moraux, ne voit plus que son intérêt et celui de ses proches. Son intelligence est mise au service de son dédouanement. Jesse, lui, n'a pas la culture nécessaire à une telle entreprise mentale. Il va devoir faire face, accepter les conséquences de ses actes, quels qu'ils soient. Lui aussi tombe par-delà le bien et le mal, son histoire, plus encore que celle de Walter, devient celle de sa survie dans une jungle incroyable de violence.

Tout comme la série Weeds qui montrait une mère de famille devenant une dealeuse de drogues, Breaking Bad dévoile aussi l'évolution de la petite entreprise de Walt et de Jesse. Une entreprise qui grossit et doit faire face à une concurrence de plus en plus féroce. Mais la comparaison avec Weeds s'arrête ici. Car là où Weeds voulait conserver un aspect de comédie, ce qui l'obligea à des capilotractions de plus en plus saugrenues, Breaking Bad assure le tournant. L'humour est toujours présent, mais nettement plus subtil. Là où dans la saison première il était surtout dû au pathétique des deux héros face à certaines situations, il devient, au fil des saisons, nettement plus lié à la mise en scène et aux situations. Devient beaucoup plus ironique. Et beaucoup plus grinçant, aussi.

Reste donc l'identité visuelle de la série, un des points forts de la saison 1 étant l'aspect très photographique et graphique des plans. Celui est toujours présent et toujours aussi impressionnant artistiquement. Il est très clair que le directeur de la photographie doit avoir une pression assez extraordinaire sur les épaules tant les plans sont plus ceux que l'on s'attendrait à voir sur un grand écran, et sont toujours merveilleux de contraste et de composition.

Avec deux saisons supplémentaires, dont j'espère vous avoir dévoilé aussi peu du scénario que possible tout en vous donnant l'envie d'y goûter, Breaking Bad rentre dans le panthéon de ces séries qui donnent leurs lettres de noblesse au petit écran, au côté de The Wire, qui montre clairement que le petit écran, non seulement n'a plus rien à envier au grand, mais que les deux doivent désormais être mis sur un pied d'égalité. Acteurs justes, photographie superbe, scénario parfaitement maîtrisé, espérons que les créateurs de Breaking Bad sauront développer leur série de la manière la plus juste qui soit, ce qui signifie aussi savoir s'arrêter à temps. Mais pas tout de suite.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
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