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Le Cimetière de Prague, de Umberto Eco

Posté le 4 mai 2011

Wikileaks et les amateurs de Dan Brown le savent bien, la théorie du complot, c'est toujours un succès garanti. Mais ce serait probablement faire trop d'honneur (surtout au deuxième) que de leur en attribuer la paternité. Quoiqu'il arrive sur la planète, et c'est malheureusement dans la nature humaine, la recherche d'un bouc émissaire facilement identifiable devient presque une nécessité. Fait qui ne date pas d'hier non plus. Ainsi, longtemps, les sorcières, les simplets, les étrangers jouèrent ce rôle, mais aucun n'a vraiment réussi à détrôner le plus grand favori de l'Histoire en la matière, le peuple juif. Et c'est là qu'Umberto Eco entre en scène.

Ne nous méprenons pas, il ne s'agit en rien d'accuser le grand auteur, et merveilleux écrivain d'un quelconque antisémitisme. Mais c'est sur la recherche de la théorie du complot que s'axe son dernier ouvrage en date. Et la trame de celui-ci étant établie au XIXème siècle, les boucs émissaires en sont bien entendu les juifs, peuple que l'écrivain fictif de l'oeuvre ne peut supporter, à la fois de par son éducation, mais aussi du fait des faibles croyances qui l'animent. "Ecrivain de l'oeuvre", je t'ai vu buter sur l'expression, lecteur, alors laisse moi t'expliquer. Eco prétend n'être que le narrateur d'une histoire qu'il a partiellement reconstituée sur la base d'un journal, lequel constitue l'essentiel de ce que nous allons lire. Car comme annoncé au début du livre, certains passages seront manquants pour diverses raisons.

Ainsi, l'homme qui écrit n'est autre qu'un dénomme Simonini, italien du Nord exilé en France, qui lorsque son journal commence, a perdu la mémoire. Suite à quel événement la mémoire vint à lui manquer nous ne le savons pas, mais nous finirons bien par en apprendre plus, car c'est précisément dans le but de savoir que Simonini écrit son journal, tâchant par tous les moyens de se rappeler ce que fût sa vie passée. Il ne faudra pas longtemps avant qu'un autre personnage, un prêtre, ne fasse son apparition dans les pages du journal, à travers lequel les deux entretiendront une sorte d'échange épistolaire, l'un se souvenant de passages que l'autre ignore.

Oui mais quid de cette affaire de complot ? J'y viens, impatient lecteur, j'y viens. Il s'agit du métier de Simonini. S'il aime à se présenter comme notaire quant à sa fonction, il est surtout faussaire. Ou plutôt fabriquant de vraies preuves. Entends par là que lorsqu'un document vient à manquer, pour un héritage par exemple, et qu'une personne lui affirme que cet héritage lui revient de droit, Simonini fabrique alors la lettre qui le prouve pour que tout rentre dans l'ordre. Bien entendu, les actes notariés, bien que fructueux, ne sont pas forcément des plus palpitants. Aussi Simonini fabrique-t-il toutes sortes de documents incriminant celui qu'il convient aux yeux de l'acheteur, et ce à la demande. Rapidement, les acheteurs deviennent des agents de certains services voulant oeuvrer pour le bien de la patrie en dirigeant correctement la rancoeur de la population sur qui de droit. C'est à dire souvent des juifs, surtout parce que Simonini les déteste, et tâche de les mettre un peu partout.

A travers une histoire qui paraît assez simple, la nécessité pour un homme de retrouver la mémoire de ses actes, Eco joue une fois de plus avec le lecteur : le faussaire tente donc de retrouver la vérité, l'histoire est mise en abîme du fait que le narrateur n'est pas nécessairement l'écrivain, mais en plus la vie de Simonini s'avère être assez aventureuse. Du fait de son métier et de ses choix, on se demande, néanmoins, quels sont les passages qu'il s'invente et ceux qui relèvent de la vérité. Autre fait intéressant que nous apprend l'auteur : tous, sauf le dénommé Simonini et un autre personnage, tous les importants donc, ont existé. On en doutait guère pour Garibaldi et Dumas, on n'est pas allé vérifier pour les autres, mais Eco étant une personne sérieuse, n'ayant certainement pas besoin de publicité, j'ai décidé de lui faire confiance.

Dernier point, et non des moindres, sans vouloir révéler le fin mot de l'histoire, les lecteurs de Dan Brown devraient se pencher sur ce livre-ci. D'abord, parce que c'est incontestablement bien mieux écrit, ensuite parce que Simonini ne leur apparaîtra pas comme n'importe quel faussaire, mais comme le maître d'oeuvre de documents qui feront parler d'eux longtemps après lui.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
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