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Buried, de Rodrigo Cortés

Posté le 8 mai 2011

C'est l'histoire d'un chauffeur de camion qui pensait acheminer du matériel de première nécessité dans une Irak en guerre. On lui a garanti que la mission était sans danger, la paie est bonne, et en plus, il peut se donner la sensation d'être utile. Mais il se réveille enfermé dans une boîte, enterré, avec pour seul équipement un briquet, un couteau, un téléphone portable, une lampe torche et quelques bâtons fluorescents. Il a été enlevé, il est maintenant un otage. Il est le seul personnage visible à l'écran, et la boîte est le seul décor que l'on verra en tant que spectateur. C'est le parti pris de ce film. Un parti pris intéressant, mais difficile.

Commençons par les vrais bons points. Le réalisateur fait le choix de ne filmer que ce que son "héros" peut voir. Donc la boîte. Cortés a aussi fait le choix de n'utiliser aucun ajout de lumière. Les seules sources sont donc celles citées plus haut, à savoir briquet, torche téléphone et bâtons. Ces choix, qui représentent de véritables contraintes techniques, ne le nions pas, sont justement ce qui rend le film intéressant. Sans compter que le scénario (malgré l'affiche affligeante que je me vois obligé de vous imposer en illustration, à se demander si les communicants ont bien vu le film) est assez bien ficelé. Ne tombant pas dans le manichéisme du bon américain qui n'a rien demandé et des méchants terroristes, les dialogues indiquent au contraire une volonté de faire apprécier tous les points de vues à l'audience. Malheureusement, c'est là le premier point négatif, cette recherche, du fait même des contraintes, est assez peu approfondie. De même, une certaine scène de contact avec un directeur des ressources humaines m'apparut complètement absurde et grandement exagérée. Là où Ken Loach réussit à rendre crédible le cynisme le plus absolu, lorsque Cortés s'y frotte, cela sonne faux. On ne doute pas une seconde qu'il soit tout à fait possible que ce genre de scène se produise, simplement, ici, ça sonne faux.

Deuxième bon point, et sans trop en dévoiler, la fin. Elle n'est pas celle que l'on aurait pu attendre d'une telle entreprise, mais plutôt celle que l'on espère. Pas de complaisance, donc, même si véritablement, les quinze dernières minutes sont assez inutiles et tout à fait passables. Au moins ont-elles le mérite de ne pas gâcher une expérience autrement assez réjouissante.

En revanche, certains choix restent discutables et, de mon point de vue, portent préjudice à cette oeuvre singulière. Lecteur, tu l'auras parfaitement compris, le parti pris est assez clairement expérimental, même si sur un sujet d'actualité. Le problème étant que, quand on fait de l'expérimental, il faut parfois pousser l'expérience à son maximum. Certains choix se doivent d'être radicaux et ne s'accommodent pas de la demi-mesure. Ainsi, alors que tout le film est centré autour de ce personnage enfermé, qui tente par tous les moyens d'obtenir de l'aide, de qui que ce soit, la musique façon Hollywood n'apporte rien. Bien qu'elle soit à un faible volume, l'ensemble aurait sans aucun doute été nettement plus porteur sans la moindre note.

Un choix de réalisation, ensuite, implique deux plans de plongée inversée, s'éloignant du personnage par le haut. Malheureusement, ces deux plans, aussi courts soient-ils, ruinent quelque peu l'immersion du spectateur. On est dans une boîte et enterré, on ne peut pas sortir. Pourquoi la caméra le pourrait-elle dans ce cas ? D'autant que le reste du film est essentiellement composé de plans assez serrés qui parviennent tout à fait à retranscrire le sentiment de claustrophobie que la situation peut engendrer.

Nonobstant, de par son traitement original et sa réalisation qui malgré quelques points noirs n'en reste pas moins de très haut niveau, Buried reste un film à voir. Véritablement parce qu'il inspirera, du moins c'est à espérer, d'autres réalisateurs, les poussera à la recherche de points de vues toujours inédit, montrant que ce qui paraît impossible (allez essayer d'obtenir un budget pour l'histoire d'un type enterré vivant qu'on suit pendant 90 minutes) est tout à fait faisable. Il est aussi à espérer que ces mêmes influencés sauront voir les erreurs de leur aîné pour ne pas les reproduire.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (2) Trackbacks (0)
  1. Les huis-clos ont l’horizon qui rétrécit drastiquement ces temps-ci. On a déjà eu 127h de Danny Boyle pour deux heures coincé au fond d’un canyon et voici que Cortés nous enferme deux heures dans un cercueil.

    A en croire que la claustrophobie est devenu le mal à exorciser dans nos sociétés. Et pourtant, ce n’est pas le sujet que j’aurais choisi de traiter en premier…

  2. Je suppose que l’espace rétrécit aussi vite que les budgets accordés aux films un peu audacieux. Peut-être le cinéma utilise-t-il la métaphore de la claustrophobie pour dénoncer les petites boîtes dans lesquelles certains ont une tendance un peu rapide à nous mettre ? 😉


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