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The Tree of Life, de Terrence Malick

Posté le 22 mai 2011

Cinquième long métrage d'un réalisateur devenu incontournable depuis The Thin Red Line en 1998, The Tree of Life marque un nouveau pas de Terrence Malick vers un cinéma contemplatif et esthétisant. Le film nous relate l'histoire de Jack O'Brien (Sean Penn), un quinquagénaire qui, une trentaine d'années après le décès de son jeune frère, est touché par la grâce divine et se voit vivre une expérience mystique intense, changeant son rapport au monde. Mais la caméra du réalisateur n'est pas tant braquée sur l'époque où a lieu cette révélation que sur l'enfance que cet homme a partagé avec son frère, tiraillé entre l'autorité implacable de son père et la bienveillance sans faille de sa mère, caractères qui vont marquer sa vie entière.

La thèse du film est qu'il existe deux manières de vivre sur cette Terre : la Voie de la Nature, autoritaire, déterminée, égoïste, qui amène à la richesse et au pouvoir, et la Voie de la Grâce, altruiste, contemplative, aimante, qui mène au bonheur. Le père de Jack (Brad Pitt), incarne la première vision du monde, sa mère (Jessica Chastain) la seconde. Contraint par l'autorité de son père, Jack O'Brien va d'abord développer un caractère pragmatique qui l'amènera aux sommets de la société mais le laissera insatisfait et hanté par la mort de son frère. Mais longtemps enfouie au fond de lui, la philosophie de sa mère jadis si discrète refera surface, et permettra à Jack comme d'avoir une véritable révélation mystique et de retrouver le chemin du bonheur... Tout un programme.

Vous l'aurez compris, The Tree of Life est un film à très forte connotation chrétienne et, à ce titre, le film peut fortement trancher les opinions. Si on le regarde comme un acte de prosélytisme, il est objectivement très agaçant, d'autant plus que le message philosophique est d'un manichéisme et d'une simplicité à faire palir un scénariste holywoodien (en même temps, qui a vu son précédent film, The New World, sait qu'il ne faut pas attendre de Malick qu'il révolutionne la philosophie moderne). Mais si on omet le côté religieux et qu'on regarde le film comme le simple partage d'une expérience mystique exaltée, alors il faut bien avouer que Malick arrive parfaitement à nous faire partager son expérience du sublime.

Défiant le temps et l'espace, le film est une succession d'instants pris à différents moments de la vie des protagonistes, ou plus généralement de l'histoire de la Création (car oui, on voit même des dinosaures dans ce film...). Régulièrement, les envolées lyriques de The Tree of Life ne sont pas sans rappeler les dernières minutes de 2001, l'Odyssée de l'espace. Et même si le traîtement est intellectuellement plus maladroit que dans le film de Kubrick, l'esthétique, elle, est à la hauteur de la comparaison.

Les plans, pour l'essentiel silencieux, s'accompagnent souvent d'une voix off déclamant avec une solennité infinie des grandes vérités sur le sens de la vie. Encore une fois, si on parvient à faire abstraction de la banalité des propos, il se crée une atmosphère mystique qui vous transporte, laquelle est amplifiée par un choix de musiques sacrées que l'on ne peut que saluer. Mais si on s'arrête au message à proprement parler, il est difficile de tenir toute la longueur du film.

Pour faire simple, je dirai que face à ce film s'offrent essentiellement trois possibilités:

  1. En cartésien à l'esprit étroit, on ne comprend pas là où le réalisateur veut en venir, on décrète que le réalisateur délire complète et on quitte la salle (ce fut le cas de bon nombre de spectateurs dans la mienne).
  2. En cartésien à l'esprit plus large, on fait l'effort de compréhension et on déprime face à la banalité de la réflexion.
  3. En spectateur bienveillant, on met son (potentiel) cartésianisme de côté et on accepte de faire partie du voyage. Et alors on ne peut que finir par se plier à la beauté du projet.

The Tree of Life est une sorte d'aboutissement de l'ode à la Nature que Malick avait entamée dans The Thin Red Line et The New World. On  retrouve d'ailleurs toute une symbolique commune à ces trois films. Mais si la réflexion était bien entamée dans The Thin Red Line, elle avait déjà largement commencé à faiblir dans The New World et ici, il faut bien avouer que Malick s'est totalement fourvoyé. Mais The Tree of Life n'est à mon avis pas à regarder pour ce qu'il est censé être, à savoir une réflexion philosophique profonde sur le sens de la vie, mais à regarder comme une invitation au voyage sincère et exaltée. Ainsi, je m'en tiendrai à l'adage anglais: Beauty lies in the eye of the beholder.

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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  1. Ah ben tiens, j’apprends à l’instant que le film est Palme d’Or à Cannes, il faut croire que le jury s’est laissé porter…


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