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Mammuth, de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Posté le 14 juin 2011

Je l'avoue sans problème aucun, voir un film de Benoît Delépine et Gustave Kervern me demande toujours pas mal de préparation. J'aime bien ce qu'il font, de Groland à Louise Michelle, j'aime bien; Simplement je pense qu'il faut être dans l'esprit, être prêt à en prendre plein la tronche, à affronter un humour à l'acide qui n'hésite pas à aller très loin, être prêt à accueillir à peu près tout sans coup férir, pour la simple raison que les deux compères sont capables dudit tout. Mammuth n'échappe pas à la règle.

Mammuth n'échappe pas à la règle, mais pas forcément comme on pourrait le penser. La critique sociale, l'amour des petites gens et la chronique de leur quotidien est toujours là, mais en plus subtil, plus doux, plus tendre, et l'humour y est pour le coup nettement moins trash aussi, nettement moins corrosif. Mammuth, c'est Gérard Depardieu, 10 ans dans une usine de fabrication de jambon qui prend sa retraite. Mammuth n'est pas bien riche, vit à la colle avec une caissière de supermarché, incarnée par Yolande Moreau, et ne paraît pas bien finaud les rares fois où il daigne s'exprimer par la parole. Bref, c'est un couple de Français un peu étouffé à deux doigts de craquer, le genre qui nous est régulièrement servi dans les études, la "France d'en bas" comme disaient certains.

Malheureusement, Mammuth, il a pas gardé toutes ses fiches de paie, tous ses papiers que l'administration lui réclame pour qu'il puisse toucher sa maigre retraite à taux plein, alors Mammuth part sur sa vieille moto, une Mammuth qui justifie son surnom, pour retrouver les papiers qui lui manque. Mammuth, c'est un road movie qui fait parfois penser à Une histoire vraie de David Lynch, peu de paroles, une certaines lenteur, la rencontre des gens, l'ouverture d'esprit du protagoniste, un peu moins con qu'il n'en a l'air, un peu plus futé qu'il ne veut bien le dire.

Mammuth, c'est aussi la chronique des gens contraints, qui font des choix pour tenter de survivre, si l'on peut encore appeler ça des choix... Et puis c'est aussi une rencontre avec sa nièce artiste qui lui permet finalement de s’apaiser, car on en apprend aussi un peu plus sur des événements de jeunesse qui l'ont marqué à vie le Mammuth, et qui continuent de le hanter.

Mais ce n'est pas parce que Mammuth est finalement la démonstration d'un ballotage malheureusement ordinaire que le film est noir, ou s’appesantit. Il permet au contraire à Depardieu et Adjani de livrer des prestations qui nous prouvent qu'ils ont encore en eux ce talent incroyable d'acteur, un talent qui, allié au talent de réalisateur des deux compères, lesquels n'hésitent pas à aller vers une certaine forme d'expérimentation visuelle, permet de livrer un film tendre et assez léger, qui parle aux sentiments plutôt qu'à l'intellect, mais sans délaisser le second pour autant. C'est un joli film, étrange, un peu fascinant, qui ne laisse pas indifférent. C'est un film qui s'appelle Mammuth.

Posté par tibo

Co-fondateur du projet, passionné par tout ce qui touche de près ou de loin à la culture au sens large, des jeux vidéo aux arts graphiques en passant par la musique, je cherche avant tout à faire partager mes coups de coeurs tout en découvrant de nouveaux sujets.
Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. Si pour ma part je suis loin d’être amateur de l’humour de ces réalisateurs, je dois bien reconnaître que cette réalisation ci ne manque pas de poésie.


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