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1Q84

Posté le 29 septembre 2011

Présent dans nos colonnes depuis plusieurs années, Haruki Murakami est maintenant devenu un auteur dont il est difficile de ne pas avoir entendu parler. Il en est de même de son dernier roman, 1Q84, qui fait l'objet d'un battage médiatique frisant parfois la vente forcée. De manière surprenante, l'ouvrage semble parvenir à rester en tête des ventes malgré un volume de plus de mille pages (et un budget non moins négligeable de 46€ pour les deux tomes), mais il faut bien l'avouer lire mille pages de Murakami, c'est bien plus simple qu'en lire dix de Jankelevitch. Mais pour 1Q84, il est difficile de dire ce qui est le plus simple de la lecture ou de l'écriture...

On retrouve dans 1Q84 tout ce qui a fait le succès de l'auteur : une simplicité du style, une sensibilité à fleur de peau, une grande nostalgie des années 80, une innocente dimension érotique et une touche de fantastique, le tout sur un fond de références musicales, du jazz si possible. Ces thèmes chers à l'auteur, si on ne les connaît pas, on ne peut que les apprécier à la première rencontre. Cependant, dans 1Q84, Haruki Murakami n'a pas su trouver la subtilité qui sert ses précédents romans, le grand succès sont il est l'objet semble l'avoir poussé à écrire du Murakami sous contrainte, sans subtilité aucune, plutôt que d'avoir continué à développer librement son écriture.

Le style, jusqu'ici toujours épuré, devient ici franchement simpliste (peut-être est-ce le fruit d'un travail de traduction hâtive pour raisons éditoriales, il m'est impossible d'en juger) avec un vocabulaire enfantin et des tournures de phrases dignes d'un cours de FLE. Le réalisme habituel des personnages cède ici la place à deux histoires dont l'une est bonne mais dont l'autre dépeint une assassine vengeresse défendant les droits de la femme, ça laisse pantois...

L'érotisme cède dès les premières pages la place à un voyeurisme gratuit souvent poussé aux frontières de la pornographie. Quant au fantastique, qui dans les meilleurs moments de Murakami n'est qu'une pointe finale posée sur un beau portrait naturaliste (lire par exemple Au Sud de la frontière, à l'ouest du soleil), il est ici épais et porteur d'un symbolisme lourd et répétitif...

On regrette donc que l'auteur n'exploite pas, avec la sagesse et la sensibilité qui le caractérisent, les quelques pistes lancées dans cet ouvrage, qu'il n'ait pas pris le temps de condenser son écriture pour épurer son volume, densifier son texte et ses personnages et pour donner un peu plus de consistance à cet ouvrage bien insipide.

Ainsi, à moins que vous ne soyez, comme votre fidèle serviteur, un aficionado qui ne laisse (presque) aucun Murakami passer, je ne saurai que vous conseiller de passer votre chemin sur cet ouvrage et de vous concentrer sur ses livres les plus intéressants (Au Sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Norwegian Woods, La fin des temps...) ou, à l'inverse, sur ses ouvrages moins ambitieux auxquels un ton léger sied mieux (La course au mouton sauvage, l'éléphant s'évapore...).

Posté par greg

Co-fondateur du m:3. Amateur de musiques électroniques, en particulier de musiques minimalistes et abstraites. Toujours à la recherche de l'underground et opposé à l'idée même d'"industrie culturelle". Mathématicien le jour, DJ la nuit. Après avoir vécu dans la capitale des Gaules, de la France et au Québec, s'est exilé dans la Caraïbe pour cacher la fortune amassée grâce à ses recherches fondamentales et à ses concerts, il semble cependant miraculeusement absent des fichiers Offshore Leaks.
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