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Mort de Boris Strougatski

Posté le 26 novembre 2012

Boris (à gauche) et Arkadi Strougatski (D.R.)C'est dans un contexte bien funeste que je reprends ma plume pour magM3. La mort de Boris Strougatski, le 19 novembre 2012 laisse un vide dans le milieu de la science-fiction internationale.

Né le 14 avril 1933, Boris Strougatski, est mort des suites d'une longue maladie dans un hôpital de Saint-Pétersbourg, sa ville natale. Son frère aîné, Arkadi, était quant à lui décédé en Octobre 1991. À eux deux, ils posèrent les jalons d'une science-fiction satirique, caustique même parfois, envers les régimes totalitaires. Se drapant dans le romanesque et l'évasion offerte par le thème, ils espéraient se protéger de la censure qui sévissait encore durement à l'époque de l'écriture de leurs œuvres, sans grand succès: leurs travail fut maintes fois frappé par les censeurs du régime soviétique.

Car il n'est pas difficile de trouver en filigrane des romans des deux frères des préoccupations très contemporaines: dans l'île habitée un cosmonaute perdu s'échoue sur une planète ravagée par une guerre nucléaire et où la population vit sous le joug d'une tyrannie infâme. Comme je le faisais remarquer lorsque je découvrais ce roman, l’œuvre est construite autour d'une double problématique: le droit à l'ingérence et la possibilité de contraindre les gens au bonheur. Stalker, roman phare des deux frères replace l'humanité à sa place insignifiante avec virulence. Censuré lors de sa parution (1972), le roman a suffisamment marqué les esprits pour que certains y voient une prophétie de Tchernobyl... C'est tout autant le traitement juste de problématiques intemporelles, à travers la parabole fantastique, ainsi qu'un militantisme dirigé contre les régimes liberticides qui font la puissance de leur œuvre et leur attire le succès qu'ils méritent. Un militantisme qui n'aura jamais quitté Boris: sur son lit d’hôpital il s'opposait encore avec force à Vladimir Poutine et soutenait les Pussy Riots...

Il y a un an je découvrais l'auteur grâce aux rééditions parues chez Denoël, dans l'excellente collection Lunes d'Encre, dirigée par Gilles Dumay, et je vous en parlais dans ces colonnes. Bien que de très nombreux romans des deux frères aient été traduits et publiés en français (Je renvoie le lecteur vers cette bibliographie, maintenue par la nooSFere), il fallait avant ces rééditions se rabattre sur le marché de l'occasion, ce qui n'est pas toujours facile...

En tout état de cause, je vous encourage, comme je le faisais il y a un an à (re)découvrir l’œuvre des deux frères. Pour ma part, après avoir dévoré les trois rééditions Lunes d'Encre, je m'en vais tenter d'acquérir leurs autres romans.

Et de leur témoigner l'expression de mon hommage respectueux.

Posté par matteo

Contributeur de magm3 depuis le début (ou presque), en particulier sur les aspects techniques. Je suis particulièrement intéressé par la littérature fantastique (classique et contemporaine), le cinéma d'art et d'essai, la musique électronique (balayant large du breakbeat aux productions expérimentales type Raster Noton). Actuellement ingénieur en informatique.
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