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The People vs. George Lucas, de Alexandre O. Philippe

Posté le 19 décembre 2013

The_People_vs._George_LucasJe tombais récemment sur un commentaire de Notch, créateur du jeu vidéo Minecraft, sur l'existence supposée d'un personnage dans son oeuvre. Ce personnage, Herobrine, serait un hommage que l'auteur aurait voulu rendre à son frère mort. Problème: Notch n'a pas de frère mort, et ce personnage n'existe pas. Des centaines de vidéos truquées émaillent Youtube (et autres), toutes prétendant apporter la preuve de l'existence de ce personnage, en fournissant des protocoles d'invocations tous plus farfelus les uns que les autres. Le commentaire est assez éloquent: "Le truc à propos d'Herobrine est fantastique et effrayant à la fois. Cela montre clairement le peu de contrôle qu'un créateur a sur sa création" ("The Herobrine stuff is awesome and kind of scary at the same time. It really shows how little control a content producer has over the content.").

S'il existe une oeuvre qui a glissé des mains de son créateur, c'est bien Star Wars. Georges Lucas a créé l'univers, les personnages, etc. et cela n'est pas remis en question. Les fans de science-fiction peuvent souligner le manque d'originalité eu égard au genre du space opera, mais ce n'est ici pas le problème: Georges Lucas a bel et bien créé quelque chose avec Star Wars, dont le premier film sortit en salle en 1977. Aujourd'hui l'oeuvre compte 6 films, 1 téléfilm (non réalisé par G. Lucas), des dizaines de romans, des centaines de produits dérivés (le véritable génie de Lucas sans doute, il est possible d'acheter des sous-vêtements Star Wars...), mais surtout: une véritable mythologie.

Cette mythologie a été créée par les fans (souvent de la première trilogie: ép. 4, 5 et 6), qui n'ont eu de cesse de créer leurs propres fictions (aussi bien textuelles que vidéo), de débattre à longueur de newsgroup des films, de leur scénarios et de leurs personnage, des modifications apportées par le réalisateur lors des sorties remasterisées (voir Han shot first), ... Bref les fans se sont totalement appropriés l'oeuvre et la recrée sans cesse, parfois de façon extrême avec des projets comme Star Wars Uncut, parfois avec des projets moins ambitieux mais toujours avec le même coeur et la même foi. Il est clair que Star Wars fait aujourd'hui partie de la culture populaire d'une zone de la planète (je n'ose imaginer qu'il puisse s'agir de toute la planète), et à partir de là, il n'est plus guère possible de contrôler quoi que ce soit.

C'est cette problématique que ce documentaire explore. Interviewant des fans, sortant des documents d'archive, il montre à quel point l'univers Star Wars (et ses films) sont adulés par des fanatiques (car c'est bien de cela qu'il s'agit). Il s'attarde sur les modifications qu'a effectuées l'auteur sur son oeuvre: il n'est plus possible aujourd'hui d'obtenir une version de qualité correcte des films originaux non retravaillés, et cela pose un énorme problème pour de nombreux aficionados qui n'approuvent pas les modifications effectuées. Pour eux, il s'agit d'une véritable trahison: on a osé s'attaquer à un pan entier de la mythologie, de la culture populaire et cela n'est tout simplement pas acceptable. L'une des personnes de ce reportage dit qu'une oeuvre n'est jamais terminée, elle est tout juste abandonnée. Il souhaite signifier qu'un auteur voudra toujours retoucher, tenter d'améliorer. Mais comme tel autre intervenant du film le fait remarquer, comment réagirions-nous si Léonard de Vinci, voyageant dans le temps, débarquait au Louvre pour refaire le sourire de Mona Lisa sous prétexte de l'améliorer ? Il est probable que certains crieraient au crime de lèse majesté, et c'est ce que font nombre de fans.

Le film aborde aussi le problème de la seconde trilogie (épisodes 1 à 3), et pourquoi les fans la prennent comme la trahison ultime. Jar-Jar est évoqué comme une nuisance véritable, de même que les explications physiologiques de la force. L'auteur du film met tout de même en relief que les (très) jeunes qui découvrent Star Wars aujourd'hui ont un point de vu inverse...

Sans être un grand documentaire, car beaucoup trop partial (mais c'est l'idée), on passe un bon moment à plonger dans cet univers de fanatiques, pour qui Star Wars est une véritable icône, envers laquelle toute attaque, toute modification est sacrilège. On découvre aussi, en demi-teinte, le génie commercial de Georges Lucas et la façon efficace (bien qu'outrancière) avec laquelle il a réussi à monétiser sa création, devenant ce qu'il s'était promis de ne jamais être... Lui qui se rêvait rebelle...

D'un point de vue réalisation, les plans s'enchainent très vite, avec des phrases tirées d'interviews qui s'entre-croisent. Hors tout contexte, il est parfois difficile de vérifier que les propos des intervenants sont convenablement retranscris, et c'est dommage. Nous sommes dans le domaine du cinéma, peut-être que je pinaille. Dans tous les cas, on passe un très bon moment.

Posté par matteo

Contributeur de magm3 depuis le début (ou presque), en particulier sur les aspects techniques. Je suis particulièrement intéressé par la littérature fantastique (classique et contemporaine), le cinéma d'art et d'essai, la musique électronique (balayant large du breakbeat aux productions expérimentales type Raster Noton). Actuellement ingénieur en informatique.
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