Quand on entend le titre du film pour la première fois, on pense immédiatement qu'il s'agît d'une reconstitution historique de la vie d'une des dernières reines de France. Ensuite se présente l'affiche, censée, comme tout autre artifice publicitaire, susciter l'envie du spectateur; Celle-ci laisse dubitatif. On y voit essentiellement le regard cristallin mais perçant d'une jeune femme, que l'on devine richement habillée. Et on y voit le titre du film, écrit à la manière du Never Mind the Bollocks des Sex Pistols. Et là le doute est très clairement installé quant à la supposée historicitée de l'histoire.
Car si Marie-Antoinette est effectivement une libre interprétation de ce que pouvait être la vie de la reine à Versailles, c'est aussi et surtout un film traitant des turpitudes de l'adolescence. La jeune reine est envoyée très tôt en France où elle doit se marier avec le dauphin Louis, alors même que tout deux ne font que sortir lentement de l'enfance et ne se connaisse même pas. Marie-Antoinette se retrouve alors confrontée à un monde de politiques, de pressions et d'usages qui lui paraissent complètement obsolètes. La mort de Louis XV précipitera d'ailleurs le jeune couple dans l'âge adulte sans qu'aucun des deux ne soit véritablement préparé à ce qui les attends.
Mais la Marie-Antoinette dépeinte par Sofia Coppola reste une adolescente qui s'ennuie et veut juste profiter de la vie, loin des frivolités de Versailles. Elle ne désire qu'être avec ses amis, ne prend que peu part à la vie du château et goûte encore moins à ses règles. Et surtout, elle s'ennuie à mourir. Sa volonté en tant qu'adolescente est la même que celle qui nous habitait au même âge, et qui a sans doute habité tout un chacun durant cette période : le monde tel qu'il est est nul, il est ennuyeux, ne peut-on pas se passer de tout ce protocole désuet, etc.
A cela, Sofia Coppola ajoute un parallèle entre la France d'alors et le monde d'aujourd'hui. Déjà les dirigeants sont décrits plus ou moins comme de simples rustres qui ont seulement eu la chance de bien naître, qui ne goûte nullement aux vrais plaisirs de l'art mais se font gorges chaudes lorsqu'il s'agît de colporter idée pré-conçues ou génériques, mais aussi ragots en tous genres.
Au vu des ces propos, il est légitime que mon lecteur s'interroge quant à la véritable valeur artistique de l'ensemble. Et celle-ci est pourtant bien là. Marie-Antoinette est à mon avis le premier film de Sofia Coppola où elle fait preuve d'une maîtrise parfaite de ses talents de réalisation. Le film se fait en costume d'époque, mais les différents lieux et situations dépeints, sans parler de l'état d'esprit général, sont cependant très contemporains. La réalisatrice évite également de nombreux traquenards qui eussent pu peser sur le film en gardant toujours une image et une ambiance très fraîche, très enlevée.
Au final, Marie-Antoinette s'avère être une excellente surprise, l'un des rares films réussis qu'il nous ait été donné de voir sur les turpitudes de l'adolescence. Il démontre aussi que Sofia Coppola réussi finalement à déployer toute la mesure d'un talent que l'on avait commencé à deviner dans Lost in Translation. Une excellente surprise, donc, qui sans être le film du siècle et sans doute encore moins celui de l'année, trouvera tout de même sa place dans votre vidéothèque et vous permettra de briller (un peu) en société.
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