Serions-nous en train d'assister à une espèce de renouveau d'un genre qui était presque complètement abandonné depuis quelques années : le western ? La question se pose, à mon avis, si l'on considère que ce les frères Cohen ont décidés de le moderniser, et que le nouvel opus de Paul Thomas Anderson s'y déroule entièrement.
There Will Be Blood peut se traduire par "Ca va saigner", ou plus littéralement par "Il y aura du sang". Et effectivement, il va y avoir du sang.
Le sang de la Terre d'abord, un sang noir, un sang épais, un sang nauséabond, qui prendra toute son importance au début du siècle avec l'essor du moteur à explosion. Un sang que des centaines de gens tenteront de drainer à travers les Etats-Unis, un sang qui peut faire leur fortune, et qui a fait celle de Daniel Plainview, l'un des acteurs principaux de cette fable, dont le rôle est endossé par Daniel Day-Lewis.
On le rencontre tout d'abord au début du film, seul au fond d'un trou, cherchant quelque chose. On pense tout de suite à de l'or, puis on se rappelle le sujet du film, et l'on comprend immédiatement pétrole. Comme à son habitude, Paul Thomas Anderson place judicieusement les éléments nécessaires à la richesse de l'histoire, sans pour autant les rendre poussifs. Nous assistons donc à la spectaculaire ascension de notre prospecteur en quelques minutes qui disent tout ce qu'il faut savoir sur l'établissement de sa fortune.
Il y aura du sang, disions-nous et ce sang, c'est aussi un sang rouge et épais, un sang précieux, un sang porteur d'avenir, le sang des hommes. Car le métier, à cette époque, est très loin d'être sans risque et les conditions de travail restent dures et éprouvantes. Les accidents de travail sont souvent mortels et violents. Ils mélangent le sang rouge des hommes au sang noir de la Terre.
Et au delà du sang des ouvriers, c'est aussi le sang des profiteurs en tout genre qui sera versé. Le sang de ceux qui, dans ce pays encore sauvage qu'est l'ouest américain, tentent de s'approprier un bien qui n'est pas le leur, par des méthodes frauduleuses, mais aussi et surtout le sang qui coulera des affrontements. Et d'affrontement, il en est question dans le film.
Car Daniel Plainview n'est pas un enfant de coeur, loin de là, et il devra affronter de nombreux obstacles pour arriver à ses fins, mais surtout il devra composer avec Eli Sunday (Paul Dano), prêcheur de l'église de la troisième révélation, qui sait embobiner ses ouailles les plus demandeuses de ferveur religieuse, mais qui sait aussi comment diriger sur le chemin qu'il voudrait juste ceux qui ne croient pas en Dieu, ou plutôt qui ne croient qu'en son Dieu, le dollar.
Et c'est surtout sur cet affrontement entre deux très fortes personnalité que se construit le film dans une très large mesure, même si cette affrontement n'est qu'un squelette qu'il aura fallu revêtir d'une importante couche de chair. Mais Paul Thomas Anderson n'est plus novice en la matière, ses quatre films étant déjà construits sur ce schéma. Plutôt que de filmer une tranche d'histoire, ou de porter un jugement, Paul Thomas Anderson va donc filmer des Hommes, sans sous-entendre aucune morale ou aucun jugement, et ne va donner que les éléments nécessaires à la compréhension de l'évolution des personnages qu'il met en scène. Seule touche qui apparaissait dans ses trois premiers films et qui semble avoir presque disparu ici, un certain humour subtil qui contribuait à alléger un peu le propos.
Point n'en était besoin ici, tant le film, qui dure tout de même 2h38 se regarde d'une traite, sans aucun temps mort, tant il permet une immersion totale. La seule trace que l'on aura véritablement remarqué, et qui résume tout Paul Thomas Anderson en trois mots, est la toute dernière phrase du film, que nous ne vous révélerons pas pour ne rien gâcher. Sachez simplement que ces trois mots, en anglais du moins, peuvent prendre une triple signification, et que c'est là que Paul Thomas Anderson trouve toute sa force. Faux chef-d'oeuvre ont dit certains, nous disons la tête haute que There Will Be Blood en est au contraire un vrai, parfaitement maîtrisé et joué, qui devrait marquer, si ce n'est déjà fait l'entrée de son réalisateur dans le petit cercles des grands.
Et la B.O, hein ? c'est la grande absente de ta critique... Pourtant, dès le départ on entend les riffs de Johnny Greenwood (le guitariste de Radiohead), ce qui donne encore une raison de plus pour aller voir ce film.
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