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Les petits guides à trimbaler des éditions ActuSF

Posté le 24 novembre 2010

La sortie du Petit Guide à Trimbaler de la littérature Vampirique, paru aux éditions ActuSF dans leur collection les 3 souhaits, est l'occasion de faire un retour sur cette série de petits ouvrages très bien construits et fourmillant d'informations sur les littératures fantastiques. À tel point que l'ensemble des quatre ouvrages déjà parus dans la série formerait à lui seul une encyclopédie de poche des littératures de l'imaginaire. Chronique d'une collection débutée en 2005...

Les « petits guides à trimballer » ce sont des mini poches (10x12cm pour environ 70-80 pages), qui regroupent une sélection d'ouvrages par thème. À ce jour quatre volumes sont parus:

  • Science-Fiction étrangère en 2005, avec une deuxième édition revue et corrigée en 2008, par Jérôme Vincent et Eric Holstein
  • Fantasy en 2007, par Pierre Demetz, Anne Fakhouri et Jérôme Vincent
  • Imaginaire français en 2008, sous la direction de Charlotte Volper et Jérôme Vincent
  • Littérature vampirique en 2010, sous la direction de Charlotte Volper et avec la collaboration de Jérôme Vincent et Eric Holstein, pas moins de 11 autres auteurs sont crédités comme ayant participé à l'ouvrage [1]

Que trouve-t-on dans ces petits guides ? Et bien dans les trois premiers on trouve une sélection d'auteurs réputés comme majeurs dans leur genre. Pour chacun d'eux une courte biographie de quelques phrases le situant dans le mouvement littéraire dont il est question. Suit une sélection d'œuvres à lire pour découvrir l'auteur ainsi qu'une sélection d'ouvrages à lire si vous avez aimé l'auteur. Une petite icône est parfois présente à côté des titres. Elle indique s'il s'agit d'un livre épuisé, qui figure parmi les classiques du genre, recommandé par la rédaction d'ActuSF ou s'il est recommandé comme idéal pour s'initier au genre.

Étant donné que chacun des petits volumes comporte une bonne cinquantaine d'entrées à l'index des auteurs, il peut véritablement revendiquer le titre de « guide » présent en couverture. Par ailleurs, puisque je connais moi-même un pourcentage raisonnable des auteurs présents, j'ai pu évaluer la pertinence des conseils donnés: ils sont excellents. Et pour ceux que j'ai suivis, je n'ai jamais été déçu.

Le dernier guide qui vient de paraître suit une voie différente. Beaucoup plus pointu quant à son thème, la littérature vampirique, il était beaucoup plus difficile d'offrir une présentation aussi « encyclopédique ». Du coup, l'ouvrage tranche et se présente comme une sélection chronologique d'ouvrages sur le thème du vampirisme. Cela commence évidemment par John William Polidori, qui en 1819 posa avec Le Vampire les fondations du genre, pour se finir avec des parutions très contemporaines de 2010. Chacun des ouvrages est doté d'une description justifiant son inclusion, les éditions où il est possible de le trouver, ainsi qu'une sélection d'ouvrages à lire si le livre a plu, du même auteur ou plus largement dans la même veine. Et de même que pour les autres, sont indiqués les coups de cœur de la rédaction, les ouvrages épuisés et ceux qui sont réputés comme « classiques ». Les mordus du genre y trouveront indubitablement leur compte.

Tout simplement excellents, ces petits guides à trimbaler remplissent parfaitement leur office: fournir une mine d'informations pertinentes sur leur thème. Bien rédigés, dotés d'une sélection rigoureuse je m'y réfère régulièrement lorsqu'un doute me prend, que je suis à la recherche d'une information ou bien tout simplement de ma prochaine lecture. Mon seul regret est l'inclusion de quelques pages de publicité pour d'autres éditeurs... Tant pis. Cela reste discret et le reste est tellement bon qu'on en fait vite abstraction. Alors quel sera le sujet du prochain ? Steampunk ? Dans tous les cas je l'attends de pied ferme !

Notes:

[1] Sont crédités comme auteurs: Marie Le Yannou, Eric Holstein, Jérôme Vincent, Charlotte Bousquet, Jean Rébillat, Nathalie Ruas, Ketty Steward, Julien Morgan, Emilie Nougaro, Raphaël Gazel, Stéphane Gourjault, Tony Sanchez, Adrien Party et Charlotte Volper (retour)

Posté par matteo

Contributeur de magm3 depuis le début (ou presque), en particulier sur les aspects techniques. Je suis particulièrement intéressé par la littérature fantastique (classique et contemporaine), le cinéma d'art et d'essai, la musique électronique (balayant large du breakbeat aux productions expérimentales type Raster Noton). Actuellement ingénieur en informatique.
Commentaires (6) Trackbacks (0)
  1. Intéressante série. Par contre, il faudra qu’on m’explique ce qui se passe en ce moment avec les vampires ? Il y a à mon avis un phénomène sociologique à creuser dans le renouveau de cette mythologie en 2010…

  2. C’est exact, il y a là quelque chose d’un peu surprenant… Le vampirisme était d’ailleurs le thème du dossier du dernier Bifrost (la « revue des mondes imaginaires » éditées par les éditions Le Belial)… ce qui médusa d’ailleurs dès son annonce une grande partie de son lectorat (Quoi ? Et notre SF « pure et dure ! ») et qui contraint le rédacteur en chef, Olivier Girard, dans l’édito à rappeler que « Bifrost n’est le bastion de rien ni de qui que ce soit, et certainement pas d’un genre littéraire ». Et de rappeler ensuite que le vampirisme est un mouvement majeur de la littérature fantastique depuis plus de deux siècles, le fait qu’il soit « porteur », en terme « marketing » n’empêchant pas de le traiter.

    Pour autant, dans cet excellent dossier, comme toujours avec Bifrost, ils n’expliquent pas cet engouement récent que tu soulignes. Pour ma part, je note tout de même une fascination millénaire pour ce mythe du vampire (voir justement les articles à ce sujet dans Bifrost), qui précède la structuration du mouvement littéraire par le trio Polidori/Le Fanu/Stoker.

    Maintenant, il semble que c’est à Anne Rice que l’on doit l’étincelle du renouveau, elle a en effet mis un sacré coup de plumeau sur l’image du vampire: exit les images surannées du comte Dracula joué par Christopher Lee, les gousses d’ail etc. Elle a relancé la machine dans les années 70. L’adaptation cinématographique d’Entretien avec un vampire (Neil Jordan, 1994), fut un succès phénoménal (waouw le casting… soupir) et c’est peut être de là que tout s’emballa ?

    Aujourd’hui effectivement il y a Twilight de Stephenie Meyer, gros succès blockbuster en librairie auprès des ados + adaptations cinématographiques idoines… et multiples autres bouses mainstreams du même genre surfant sur la vague… alors qu’il y a tant d’oeuvres d’intérêt dans le domaine !

    De Stoker (à ne pas négliger j’ai pris une claque justement quand j’ai lu Dracula, initialement pour déconner, il y a quelques années), à Rice (à ne pas négliger non plus, sa contribution est intéressante), en passant par Tolstoï (et oui…), Dan Simmons…

    Bref, pour revenir sur la remarque initiale, je ne suis pas sûr qu’il y ait là un phénomène sociologique, mais plus un phénomène purement marketting. La sortie par les éditions actuSF d’un petit guide sur le thème est peut être opportuniste, mais si elle peut permettre de guider le lectorat des « Twilights » vers des oeuvres nettement plus dignes d’intérêt, j’applaudis des deux mains. Je pressens plus pour ma part la spirale mainstream « Harry Potter » > « Twilight » > « Stephen King »…

    Le phénomène sociologique qui me suprend pour ma part est, je le répète une fois encore et Twilight m’en fournit l’occasion: pourquoi des adultes se passionnent pour des oeuvres jeunesse telles Harry Potter ou Twilight ? On a là une véritable régression, que je commence à trouver préoccupante, ou alors s’agit-il aussi d’une pure manipulation marketing ?

  3. Ah mais je ne remets pas en cause cette myhologie dont je respecte l’histoire et la culture, loin de là. Je me contente de constater qu’il est victime d’un succès étonnant depuis quelques années.

    Mais contrairement à toi, je pense que cela va au-delà de la simple manipulation commerciale. Il n’y a à mon avis pas de vrai succès marketing si le terrain socio-culturel n’est pas un tant soi peu prédisposé. Et c’est justement cette sensibilité au thème vampiriste que je mettais en question.

  4. Sans trop m’avancer sur le sujet du retour en force du thème vampiriste, je pense qu’on peut aussi l’associer à l’émergence du mouvement gothique, qui correspond à peu près à la résurrection littéraire mainstream du vampire, notamment avec l’adaptation cinématographique du roman d’Anne Rice (le film est pas mauvais, d’ailleurs. Enfin, j’ai pas lu le livre, mais le film est pas dégueu. Un film pop-corn qui tient ses promesses).

    Une part importante du phénomène est potentiellement due, je pense, à tout ce que le mythe du vampire véhicule d’érotisme, d’interdits, de « côté obscur de la force » sans que les mots qui choquent ne soient jamais prononcés. Suffisamment d’études littéraires très sérieuses le démontrent bien mieux que moi, le vampire trimballe une importante part de sexualité. Or, de nos jours, aux Etats-Unis (exemple facile) comme ailleurs, le simple fait d’exposer un téton provoque une incroyable levée de bouclier de toutes les ligues de morale et de vertu, qui crient alors à la pornographie la plus outrancière, à l’immoralité du sexe débridé, etc. Dans ces conditions, l’utilisation d’un symbole redevient un moyen d’expression.

    Quant à la passion des adultes pour des oeuvres jeunesses, je pense que c’est tout simplement dû au phénomène des « adulescents », terme assez barbare désignant ces trentenaires qui ne se détachent pas, volontairement ou non, d’une part plus ou moins importante de leur enfance. Par exemple, tout ceux qui continuent à collectionner les DVDs d’Albator et à aller voir les spectacles de Casimir, voire de Chantal Goya. Il est probable et même logique, qu’une partie de ce public, renforcé peut-être par des adultes un peu plus âgés et victimes du jeunisme devenu la norme, se porte aussi sur les créations premièrement destinées à un public adolescent.

  5. Après plus mûre réflexion sur la sensibilité au thème du vammpirisme, je dirai que c’est parce que depuis le Dracula de Bram Stocker, le vampire n’a jamais vraiment quitté l’imaginaire populaire

    Dracula, de Stocker donc, suivi de Nosferatu pour le cinéma muet, puis de Dracula (1932, avec Bella Lugosi). Une des nouvelles de Lovecraft, qui doit probablement se trouver entre les deux films, fait également référence à un vampire.

    Par la suite, la figure du vampire est beaucoup utilisé dans les films d’horreur à faible budget des années 60 (un des plus connus étant sans doute le bal des vampires de Polanski), revient en littérature de masse avec Anne Rice, devient le héros de grosse production cinématographique de plus ou moins bon goût : un vampire à Manhattan, avec Eddy Murphy, Dracula de Coppola en 1992, la trilogie Blade, une nuit en enfer, de Tarantino et Rodriguez.

    Dans les deux dernières décennies, sur petit écran on a aussi droit à Buffy contre les vampires, qui s’articule déjà autour des difficultés adolescentes, cependant de manière probablement moins pudique et niannian que Twilight, bien que je n’ai ni vu ni lu cette dernière (je me base sur ce que j’en ais entendu).

    Dans le même temps, la BD n’est pas en reste non plus. Au niveau français on citera entre autre Petit Vampire de Sfarr, si je ne m’abuse.

    Retour aux année 70 et 80 avec les jeux, notemment les jeux de rôles qui prennent aussi posession du personnage. Si on le rerouve comme un monstre assez commun dans les donjons de RPG héroïc Fantasy (type Dungeons & Dragons), les joueurs sont invité à incarner le personnage dans Vampire : The Masquerade. Les jeux vidéo ne sont pas en reste non plus, notemment avec Kain et Soul Reaver, qui mettent tous les deux le joueurs dans la peau d’un vampire ayant une quête assez sanglante à accomplir.

    Le vampire a donc été utilisé par différents médiums, tout en restant généralement dans les règles établies par Dracula : pieux dans le coeur, craint le soleil, hypnose et tout le toutim. Du coup, un grand nombre de gens aux affinités diverses se trouvent un point commun grâce au vampire, ce qui en fait un élément porteur au niveau marketing. Après tout, maintenant, tout le monde sait ce qu’est un vampire, donc c’est plus facile à vendre, que, disons, Yog-Sothoth.

  6. Belle retrospective… Cela dit, pour ta dernière phrase, je suis d’accord que c’est une condition nécessaire mais elle n’est franchement pas suffisante. On a aussi les fantômes, les E.T., etc…

    Et comme la fascination pour les E.T. s’expliquaient bien d’un point de vue sociologique par la guerre froide (voir The Day The Earth Stood Still pour s’en convaincre, la nouvelle version marchant pas mal aussi dans le thème de l’écologie), pour les vampires, il doit y avoir une bonne raison aussi. Le rapport que tu exprimes à l’érotisme me semble être une bonne piste…


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